martes, 17 de mayo de 2011

L'analyse « gorzienne » de l'évolution du capitalisme par Carlo Vercellone

Carlo Vercellone
in Christophe Fourel (dir.), "André Gorz, un penseur pour le XXIème siècle", La Découverte, Paris,
pp. 77-98, 2009.

« Le capitalisme cognitif est le mode sur lequel le capitalisme se perpétue quand ses catégories ont perdu leur pertinence [ ]. Il n ' est pas un capitalisme en crise, il est la crise du capitalisme qui ébranle la société dans ses profondeurs.»2

     Ces phrases lapidaires résument avec force l'interprétation gorzienne de la portée et des enjeux de la mutation actuelle du capitalisme.
À la suite du passage du fordisme à un capitalisme fondé sur la connaissance et l immatériel, le capitalisme n aurait perdu que les éléments sur lesquels reposait jadis sa dynamique et, en quelque sorte, sa légitimité historique : le développement des forces productives et la réduction progressive, à l échelle sociale, de la dépense de travail consacrée à la « sphère de la nécessité ». La perpétuation de sa logique en ferait désormais un facteur de raréfaction artificielle de ressources et une pure force de destruction de l'environnement et de la vie elle-même.
Pour comprendre la manière dont Gorz aboutit à cette thèse, nous proposons de reprendre les étapes essentielles qui, depuis les années 1960, ont marqué son analyse de l'évolution du capitalisme. Nous rappellerons sa caractérisation des catégories de « l'économie capitaliste classique3 », propre au capitalisme industriel, en montrant les raisons qui l'ont ensuite conduit à affirmer que nous sommes confrontés à une rupture par rapport au mode de fonctionnement normal du capitalisme.
Pour ce faire, nous présenterons, dans un premier temps, les piliers théoriques de la conception gorzienne du capitalisme en ce sens qu'elle plonge ses racines dans une lecture hétérodoxe de l'héritage marxien et se nourrit d un souci méthodologique majeur : celui de combiner étroitement l'analyse rigoureuse de la dynamique du système capitaliste et la réflexion sur les conditions de son dépassement.
Nous montrerons ensuite comment, tout en gardant une forte cohérence interne, sa pensée a évolué dans le souci d appréhender le sens des transformations de l'après fordisme.
Nous insisterons sur sa contribution à l'hypothèse du capitalisme cognitif.

Capitalisme industriel et fordisme chez Gorz : les catégories de « l'économie capitaliste classique »
Gorz a forgé sa vision du capitalisme et de sa dynamique en « théoricien de l aliénation4 ». Dans ce cheminement, la référence au jeune Marx des Manuscrits de 1844 ainsi qu'à la Critique de la raison dialectique de Sartre, a joué un rôle premier. À ces fondements s'est ensuite ajoutée, dans une synthèse originale, l'influence des courants les plus novateurs et hétérodoxes de la pensée néomarxiste et radicale (de Marcuse à Marglin) sans oublier, à partir de la fin des années 1960, celle des théories opéraïstes italiennes.
Cette orientation théorique conduit Gorz à rompre avec les courants marxistes dominants à l' époque en France. Cette rupture se concrétise dans le rejet du matérialisme dialectique octroyant un sens prédéterminé à l'histoire et faisant du postulat de la neutralité sociale du développement des forces productives la condition objective censée préparer ipso facto l' avènement du socialisme. Elle s'exprime aussi, en opposition au marxisme structuraliste, dans l'affirmation de la nature indissociable des rapports d exploitation et d 'aliénation et dans le refus d'une conception du capitalisme comme « processus sans sujet ».
Ce double positionnement critique induit une caractérisation de la domination du capital, pensée comme une dimension totale, qui porte non seulement sur la distribution des richesses, mais aussi « sur la manière de les produire, sur le modèle de consommation et sur la manière de consommer, sur la manière de travailler, de penser, de vivre »5. Il en résulte aussi une lecture du marxisme qui, « en tant qu'humanisme de la praxis et du libre développement humain6 », permet de remettre au centre de l'analyse l'importance du « sujet », « de la divergence, de la lutte, du politique et potentiellement donc de l'émancipation, dans la dictature de la reproduction des structures7 ».

Gorz, à la différence du marxisme structuraliste, porte son attention tout autant sur les structures que sur les relations subjectives autour desquelles se nouent les rapports de domination comme les processus de libération individuels et collectifs. Il nous livre ainsi une lecture de l histoire du capitalisme ouverte et ambiguë. Une histoire dont le mouvement est en grande partie lié au jeu complexe et à la tension entre l hétéronomie et « l'exigence » d'autonomie des sujets qui habitent les structures et luttent pour les transformer et s'en émanciper.
Trois idées fondamentales permettent de comprendre quels sont pour Gorz les fondements de « l'économie capitaliste classique » qui s affirme avec la révolution industrielle, puis le sens de la rupture représentée par le capitalisme cognitif.

Le rôle moteur de la rationalité économique du capital et la loi de la valeur
Le capitalisme est un système économique guidé par la logique du rendement maximal, que Gorz appelle la « rationalité économique du capital ». Elle consiste à fabriquer des marchandises en vue de maximiser le profit, en produisant toujours plus avec « moins d' heures de travail et avec moins de capital [ce qui permet] d abaisser le coût salarial mais aussi le coût en capital [matériel] par unité de produit8 ». Selon Gorz, cette logique présente, sur plusieurs plans, une ambivalence économique et sociale essentielle qui a nourri « l' utopie industrialiste » au sens de « la vision du futur sur laquelle une civilisation règle ses projets, fonde ses buts idéaux, ses espérances9 ».
D' une part, sur le plan des besoins, elle a permis au capitalisme, contrairement aux modes de production antérieurs, de développer la production en s'émancipant des limites étroites qui prédéfinissaient traditionnellement ce qui était « appréhendé comme suffisant10 ». Nous avons là l'un des principaux ressorts du formidable développement des forces productives impulsé par le capitalisme industriel et de son idéologie du progrès fondée sur le « lien entre plus et mieux ». Cette autonomisation de la logique du capital ignore pourtant les besoins collectifs pour ne s ' intéresser qu'aux besoins solvables en incorporant « de plus en plus de superflu dans le nécessaire de manière à couvrir tous les besoins par la consommation maximale de produits et services marchands11 ».

Plus encore, elle tend intrinsèquement, si elle ne rencontre pas l opposition de la société, à s' émanciper de toute contrainte sociale, culturelle, environnementale, et à étendre l'emprise des rapports marchands à ce que Polanyi appelle les « marchandises fictives ».
Dès ses premiers écrits, Gorz souligne ainsi la tendance du capital à s'approprier des ressources naturelles gratuites en anticipant avant la lettre une critique écologique du capitalisme. En somme, les forces productives du capital sont aussi des forces aliénantes et destructrices de la nature et du potentiel d'émancipation de l'homme12.
D'autre part, la logique du rendement maximal, la rationalité économique du capital, définie comme la recherche du plus avec le moins, suppose la possibilité du calcul économique et notamment de la productivité du travail qui doit pouvoir être « mesurée en soi comme une grandeur quantifiable, détachée de la personnalité singulière du travailleur13 ». C'est dans cette logique que se trouve le fondement historique de la loi de la valeur : elle fait du temps de travail immédiat consacré à la production et mesuré en unités de travail abstrait simple, non qualifié, le critère essentiel de la rentabilité économique, la mesure et la substance de la valeur d échange. Elle pose également l'expansion du royaume de la marchandise comme le moyen exclusif du développement de la richesse sociale et de la satisfaction des besoins.
La loi de la valeur temps de travail se présente ainsi comme l'expression concrète de l'entreprise de rationalisation, d assujettissement et d abstraction du contenu même du travail qui a fait du temps de l horloge, puis du chronomètre les moyens par excellence pour quantifier la valeur économique issue du travail et en prescrire les modes opératoires. C'est dans cette logique que se trouve l origine du travail aliéné, du travail sans phrase, impersonnel et totalement asservi à la science incorporée dans le capital fixe.
Cependant et c'est un point crucial sur lequel le capitalisme industriel a pu asseoir l'adhésion (y compris du mouvement ouvrier et socialiste) à son idéologie du progrès , la rationalité économique du capital incarnée par la loi de la valeur contenait aussi une dimension « utopique » : la décroissance continue du temps de travail nécessaire à la production de masse de marchandises matérielles et donc la baisse de leur valeur individuelle ont pu se présenter comme moyens de « libérer l humanité de la rareté » et, du moins potentiellement, de réduire au minimum, à terme, la contrainte au travail hétéronome et aliéné14.

Le travail-emploi entre aliénation et conflit
Au centre du capitalisme se trouve le travail abstrait, et donc ce que Gorz appelle le « travail-emploi ». L'originalité de la contribution de Gorz sur ce point est de présenter le rapport salarial en insistant à la fois sur son caractère conflictuel et sur son ambiguïté intrinsèque qui tend à rendre « travail et capital [ ] fondamentalement complices »15 .
Le travail-emploi est la négation même du travail, au sens anthropologique du terme, pensé,
à la suite de Hegel et de Marx comme activité d expression et d extériorisation de soi. Il devient un simple moyen de gagner sa vie dans une activité subordonnée dont le contenu, la nature comme les finalités sont hétérodéterminés.
Le salariat est ainsi dominé et rendu conforme à la logique du capital d un double point de vue.
Sur le plan des modes de vie, « le seul but à sa portée [du travailleur salarié] est l'argent du salaire et ce qu'il peut acheter. Le travail marchandise engendre le pur consommateur de marchandises » qui finit par percevoir « l'argent comme ce qui peut tout racheter symboliquement »16. En somme, « le travailleur réduit à une marchandise ne rêve que de marchandises » et, progressivement, se trouve intégré et soumis aux normes de consommation forgées par le capital. Certes, ce processus n est pas linéaire. La tendance du capital à soumettre l'ensemble de la société et des rapports sociaux à la logique de la marchandise se heurte constamment à la résistance des salariés.
Ainsi, durant la première phase de développement du capitalisme industriel, lorsque le salariat est encore une composante minoritaire de la population active, la reproduction de la force de travail s oppose à la logique du capital visant à le contraindre à « acheter tout ce dont [il a] besoin». C est « l'époque héroïque du syndicalisme, des coopératives ouvrières, des mutuelles » qui conduisent leur lutte « au nom du droit à la vie » sur la base d'une échelle de besoins qui demeure encore largement extérieure à la production capitaliste.
Mais ensuite, notamment avec le développement du modèle fordiste de la production/consommation de masse, la généralisation du rapport salarial ira de pair avec un
bouleversement des conditions d existence du salariat. Cette dynamique se traduit par l' instauration d'une norme de consommation de plus en plus soumise à l'accumulation du capital. Dans ce cadre, la valeur d usage perd toute naturalité et neutralité sociale. Pour l'accumulation du capital, il s'agit de plus en plus de fabriquer non seulement des marchandises pour des consommateurs, mais de façonner la subjectivité des consommateurs pour les marchandises à écouler.
Sur le plan de l'organisation de la production, le facteur subjectif du travail est relégué parmi les facteurs objectifs. Le travail est pensé comme une activité mécanique qui vise à rendre le capital variable homogène au capital constant. Cette tendance qui elle aussi sera remise en cause dans le capitalisme cognitif nous conduit à la troisième idée fondamentale sur le mode de fonctionnement de « l économie capitaliste classique ».

Le développement de la division du travail comme rapport de savoir et de pouvoir
Selon Gorz, aucune exigence technique objective ne préside au développement des forces productives. L objectif du profit et celui de la domination du capital sur la force de travail sont étroitement imbriqués. Le développement capitaliste de la division du travail exproprie les travailleurs du contrôle du produit, puis du procès de travail, en séparant, autant que faire se peut, la conception de l'exécution. Le savoir, nous dit Gorz en citant Marx, est « un instrument qui peut se séparer du travail et même lui être opposé17 ». C'est ainsi que la rationalisation taylorienne, puis fordiste du travail a détruit la figure de l'ouvrier professionnel du XIXe siècle, encore proche de celle de l'artisan vertueux maîtrisant pleinement les savoirs techniques nécessaires à la production.
La critique gorzienne de la division capitaliste du travail nous livre ainsi deux enseignements majeurs.
Le premier concerne la manière dont la dynamique du changement technique et organisationnel intègre toujours étroitement les exigences de contrôle de la force de travail, de telle sorte que, sur le mode de la loi de Gresham18, le mauvais modèle productif peut chasser le bon, comme l'a montré, entre autres, l'exemple du démantèlement de l'expérience d Uddevalla19. En fait, « la technologie capitaliste et la division capitaliste du travail ne se sont [ ] pas développées en raison de leur efficacité productive prise en elle même, mais en raison de leur efficacité dans le contexte du travail aliéné et forcé, c est-à-dire assujetti à un but qui lui est étranger20 ».
Le second enseignement a trait au caractère inconcevable de tout projet de dépassement du capitalisme où l'appropriation des moyens de production n'est pas associée à la remise en cause de l'organisation capitaliste du travail.
Sur ces bases, et considérant les conflits sociaux qui, à partir de la fin des années 1960, ébranlent le modèle fordiste, Gorz dessine les contours d'un processus de transformation sociale devant s'attaquer aux différentes dimensions de l'aliénation capitaliste dans la sphère des besoins et du travail. La construction de nouveaux modes de vie permettant de réorienter la production et les besoins devait aller de pair avec la capacité de traduire le refus du taylorisme en un projet autogestionnaire.
Dans des passages saisissants de Réforme et révolution21 où il anticipe nombre de thèses relatives à l'analyse du travail immatériel, il identifie, dans la montée de la dimension intellectuelle du travail, l'une des conditions du réalisme de ce projet. À cette époque, pour Gorz, l'essence du communisme est pensée, au sens de Marx, comme le dépassement et la suppression de la division capitaliste du travail : le développement de l'autogestion dans les entreprises comme dans la société est le moyen par excellence de s approcher de cette perspective en conciliant « émancipation du travail » et « émancipation dans le travail ».
Mais, par la suite, face aux transformations du postfordisme, la réflexion autour de ces deux termes d'un processus de libération fera l'objet d'une analyse tourmentée qui trouvera, selon nous, une nouvelle synthèse dans les derniers essais de Gorz.

Du fordisme au capitalisme cognitif : les conceptions de l après-fordisme
Durant les années 1980 et jusqu'au milieu des années 1990, la réflexion de Gorz sur la dynamique du capitalisme connaît une bifurcation. La rationalité économique du capital et son mode d organisation du travail dans la sphère de l'hétéronomie sont désormais considérés par Gorz comme un horizon indépassable compte tenu de « l inappropriabilité de la masse des savoirs nécessairement spécialisés qui combine la production sociale »22. Plus encore, sous l'influence d'Ivan Illich, cette thèse est étendue à l'ensemble des institutions structurant le fonctionnement de la « mégamachine industrielle bureaucratique », y compris les services collectifs du Welfare State. Il s'ensuit aussi un changement profond dans le mode de penser l ' émancipation du travail salarié. L'autogestion et, plus généralement, l'« émancipation dans le travail » s'effacent devant le constat qu'au niveau microéconomique la « logique du capital » serait la « seule forme de rationalité économique pure » et qu'« il n y a pas d'autre façon économiquement rationnelle de conduire une entreprise que la gestion capitaliste23 ». La sortie du capitalisme ne peut donc plus être pensée comme le renversement de la division capitaliste de travail.
Cette vision cède la place à une approche s'inspirant de Polanyi, où le dépassement de la domination du capitalisme est conçu comme l'encastrement et la subordination restrictive des activités économiques régies par la rationalité du capital à des valeurs et à des objectifs sociétaux et écologiques.
Premières interprétations de l'automatisation et de la crise de la société salariale
Plusieurs facteurs expliquent ce tournant. Les désillusions politiques liées à l'épuisement du cycle des luttes nées de 1968 et les enseignements tirés de l'effondrement des systèmes planifiés du socialisme réel ont sans doute joué un rôle important. Mais l'impact décisif vient de l'interprétation de l'évolution du capitalisme qui, sous l'effet combiné des politiques de désinflation compétitive et de la révolution microélectronique, conduit à l'éclatement de la société du travail.
C'est la fin irréversible du modèle fordiste de plein-emploi et, avec lui, de la centralité de la classe ouvrière en tant que sujet historique du projet d'émancipation du salariat. Il en découle un dualisme économique et social de plus en plus marqué entre une élite de travailleurs qualifiés, attachés à leur entreprise et bénéficiant de la sécurité de l'emploi et une masse croissante de chômeurs et de travailleurs déqualifiés, soumis à une insécurité structurelle. La réflexion de Gorz sur le sens et les enjeux de cette évolution débouche sur un projet de société qui se propose de supprimer ce dualisme régressif garanti/non garanti pour le remplacer, comme le remarque Denis Clerc24, par une « société dualiste » d'une toute autre nature. Une société dans laquelle l'emprise de la sphère de la rationalité économique le « travail hétéronome et de la nécessité » serait drastiquement réduite, grâce notamment à une réduction généralisée du temps de travail, au profit de l'expansion d'une société du temps libéré assurant l'épanouissement du « travail privé pour soi » et d'« activités autonomes » non marchandes. Deux aspects de l'analyse gorzienne de la restructuration postfordiste méritent plus particulièrement d être rappelés.
Le premier concerne la nature de la révolution microélectronique et robotique. Gorz y identifie déjà une tendance lourde susceptible de conduire au-delà de la loi de la valeur et vers l'abolition du salariat : « Dans l'usine entièrement automatisée, la quantité de travail vivant tend vers zéro en même temps que la valeur économique (au sens marxiste) du produit et que le pouvoir d 'achat distribué sous forme de salaires. Autrement dit, l'automation abolit les travailleurs en même temps que les acheteurs potentiels25. » La répartition du revenu permettant d assurer un débouché à la production ne peut donc plus se fonder sur le travail-emploi et la mesure du temps passé à la production. Elle doit reposer même si Gorz ne pousse pas encore l'idée jusqu'à défendre un revenu d'existence indépendant de l'emploi sur « des distributions de pouvoir d achat extérieures au circuit économique classique, c'est-à-dire ne reposant pas sur des échanges marchands et ne rémunérant pas un travail »26.
Le second aspect concerne le développement de l'emploi précaire dans le tertiaire, notamment dans les services personnels marchands à bas salaires. Cette évolution que nombre d ' économistes considèrent encore comme le remède par excellence au chômage, apparaît à Gorz comme la marque du délitement de l'un des principaux éléments sur lesquels reposait jadis une certaine force progressive de la rationalité économique du capital.
L'expansion de ce secteur d'activité ne conduit en effet pas, à l'échelle de la société, à une économie de temps de travail qui permettrait de libérer du temps pour une production additionnelle de richesse et/ou pour garantir, virtuellement, une hausse du temps libre pour tous.
Nous avons là, au contraire, une simple répartition inégale du temps de travail, rendue possible par la polarisation néolibérale de la répartition des revenus, qui permet à une élite de travailleurs identifiés au culte hyperproductiviste du travail de bénéficier des services d'une domesticité moderne, composée d une masse croissante d'individus dans l'impossibilité de retrouver un emploi et une rémunération décents.
Notons enfin qu'à cette étape de la réflexion l'analyse de Gorz reste en partie tributaire de l' idée d'une continuité substantielle avec la logique de développement de la division du travail propre au capitalisme industriel. Cette posture, comme il le reconnaîtra plus tard, l'empêche alors d ' intégrer « les perspectives ouvertes par le postfordisme, l'informatisation généralisée, la dématérialisation et l'intellectualisation du travail »27. Elle contribue aussi à expliquer l'établissement d une frontière trop nette entre la sphère du travail hétéronome et de l'économique, d une part, et la sphère de l autonomie et du non-économique, d'autre part.
Le capitalisme cognitif comme « crise du capitalisme tout court »
Avec Misères du présent, richesse du possible et L Immatériel, la réflexion de Gorz se renouvelle. Celui-ci complète et enrichit son analyse antérieure des effets de la robotisation et du développement des services à la personne.
Dans ce changement de perspective, le dialogue indirect engagé avec la réflexion menée dans la revue Futur antérieur28 sur les thématiques du general intellect et du travail immatériel, a une influence décisive. Ce dialogue, qui comporte aussi des polémiques passionnées mais toujours constructives, le mène à analyser les métamorphoses du travail en prenant en compte non seulement la manière dont elles se manifestent sous la forme du développement du capital fixe, mais aussi, du côté du travail vivant, sous la forme du développement d'une « intelligence collective ».

C'est dans la continuité de cette démarche que s inscrit sa réflexion autour du capitalisme cognitif29. Par ce concept, on entend le passage du capitalisme industriel à une forme nouvelle de capitalisme, dans laquelle « la dimension cognitive et intellectuelle du travail devient dominante et l'enjeu central de la valorisation du capital et des formes de la propriété porte directement sur la transformation de la connaissance en une marchandise fictive30 ». Gorz apporte au débat sur le capitalisme cognitif une contribution essentielle en formulant la thèse selon laquelle « le capitalisme cognitif est la crise du capitalisme tout court31 ». Pour ce faire, il met en exergue tant les contradictions objectives qu'écologiques, subjectives et existentielles du capitalisme cognitif.
Un premier élément crucial de l'analyse par Gorz du capitalisme cognitif concerne la métamorphose du rapport capital/force de travail liée à la diffusion des technologies de l' information et de la communication (TIC), mais aussi à la montée en puissance de la dimension intellectuelle et immatérielle du travail. Le rôle stratégique joué jadis par le capital fixe comme forme principale de la propriété et du progrès technique est relayé par des actifs immatériels (marque, brevets, droits d auteur), et notamment par ce que Gorz appelle le « capital humain ». C ' est désormais l'« intelligence collective » qui se présente comme la « principale force productive». La centralité du travail matériel, mesuré en unité de travail abstrait simple, cède la place à celle « du travail immatériel auquel les étalons de mesure classiques ne sont plus applicables32 ».
Plus fondamentalement, dans une « économie fondée sur la connaissance », c'est désormais dans la société et non dans les entreprises que s'opère l'essentiel du processus de création des savoirs et des richesses qui ne seront appropriées et exploitées par le capital que dans un deuxième temps. Les activités de formation, d'autoformation, de partage des savoirs menées dans le temps dit « libre » comptent au moins autant que la sphère du travail salarié et de l' univers marchand. Elles sont à l'origine de l'éclosion de formes de coopérations sociales et productives alternatives qui ne sont pas directement finalisées par l'activité productive hétéronome et constituent désormais la source première d'une richesse qui échappe aux critères étriqués de la comptabilité nationale. La valorisation du capital repose, elle, essentiellement sur la mise au travail et sur la prédation de la richesse produite à l'extérieur du système économique, à travers des mécanismes de plus en plus parasitaires.
Nous avons là, nous dit Gorz, une « économie première faite d'activités, d'échanges et de relations non marchandes33 », une « autre économie » qui coexiste avec l'économie formelle marchande, dans un rapport de domination et de conflits qui pourrait conduire à la rendre hégémonique. Aussi la rencontre entre l'intelligence collective et les TIC fait-elle de l'appropriation collective du travail et des moyens de travail une perspective à nouveau plausible, sous une forme inédite qui s incarne, comme dans le modèle du logiciel libre, dans la figure d'un nouvel « artisanat high-tech ».
Aucun automatisme n'assure pourtant le passage de l'autonomie formelle à l'autonomie réelle de la force de travail34. Au contraire, souligne Gorz, le travail immatériel va de pair avec le développement de nouvelles formes d'exploitation et d'aliénation encore plus redoutables que celles mises au point par le taylorisme, taylorisme dans lequel subsistait une frontière assez nette entre le temps du travail et de la subordination, d'une part, et le temps libre, soustrait, du moins formellement, à l'emprise de l'employeur, d autre part.
Pourquoi ? Parce que la principale source de la valeur réside désormais dans l'intelligence, les savoirs et la force d invention des salariés, et non dans les connaissances formalisées détenues par le propriétaire du capital et le management des firmes. Dans le nouveau capitalisme, « le travail suppose une implication de toute la personne [qui] ne peut être commandée35 ». Il nécessite la mobilisation, au service de l entreprise, de l'ensemble des facultés et des savoirs qui proviennent justement de ce travail de « production de soi » qui se réalise dans ce que Gorz qualifiait auparavant de sphère du « travail pour soi et de l'autonomie ».
Le modèle taylorien de la prescription des tâches cède ainsi la place à celui de la « prescription de la subjectivité », où l'enjeu central devient « le contrôle total de l'esprit des collaborateurs et de leur temps »36. Il s'agit d'obtenir des salariés l'intériorisation des objectifs définis par la direction afin de bénéficier gratuitement de leur « mobilisation totale » et, plus encore, de façonner un mode de penser qui conduit effectivement le travailleur à concevoir soi-même et l ensemble de ses activités comme un investissement dans son capital humain, comme s il n était plus un salarié mais un entrepreneur de soi même.
Dans le capitalisme cognitif, les formes classiques de l exploitation peuvent alors s'associer et prendre « l'apparence de l auto-exploitation ou de la servitude volontaire ».
C'est pourquoi, selon Gorz, dans le capitalisme cognitif, la production de subjectivité devient plus que jamais un terrain de conflit central.
Sur ce conflit se greffent d'autres difficultés structurelles relatives au fonctionnement du nouveau capitalisme. Elles concernent la particularité même du « bien commun » connaissance et son caractère irréductible au statut de marchandise et de capital. Pour comprendre cet enjeu crucial, il faut souligner la manière dont la connaissance a des propriétés particulières qui la différencient radicalement des marchandises classiques. Il s' agit, selon la théorie économique, de son caractère « non rival, non contrôlable et cumulatif». Autrement dit, la connaissance ne se détruit pas dans la consommation.
Au contraire, elle s'enrichit lorsqu'elle circule librement entre les individus, chaque nouvelle connaissance naissant d'une autre connaissance. De plus, « la connaissance n'est pas originairement accumulée pour servir de moyen de production, mais pour satisfaire le besoin, la passion de connaître, c'est-à-dire pour pénétrer la vérité de ce qui est au-delà des apparences et des utilisations37 ». C'est pourquoi l'appropriation privative de la connaissance n'est réalisable qu'au moyen de l'établissement de barrières artificielles à l'accès et se heurte à des obstacles majeurs qui tiennent tout autant à l'exigence éthique des individus qu'à la manière dont l'usage des TIC rend de plus en plus difficile l'exécution des droits de propriété intellectuelle (DPI).
Incompatibilité substantielle entre capitalisme cognitif et économie de la connaissance
La tentative de transformer la connaissance en une marchandise et en un capital engendre ainsi une situation paradoxale, dans laquelle plus la valeur d 'échange de la connaissance augmente artificiellement, plus sa valeur d'usage sociale baisse du fait même de sa privatisation et de sa raréfaction. Finalement, le capitalisme cognitif ne peut se perpétuer qu' en entravant le développement des forces productives et les facultés créatrices des agents à la base d'une « knowledge based economy ». Il existe, en somme, une incompatibilité substantielle entre le capitalisme cognitif et l'économie de la connaissance qui « contient donc en son fond une négation de l économie capitaliste marchande38 ».
Par ailleurs, le « potentiel de négativité » du nouveau capitalisme ne consiste qu'à rendre artificiellement rares des ressources abondantes et gratuites. Il s'exprime aussi dans l'accélération d'une logique de prédation et de raréfaction des ressources naturelles non renouvelables. En fait, le capitalisme cognitif ne supprime pas la logique productiviste du capitalisme industriel. Il la réarticule et la renforce à travers une « alliance » du capital et de
la science qui met les nouvelles technologies au service d'une quête de standardisation et d' appropriation/transformation marchande du vivant qui accentue les risques de destruction de la biodiversité et de déstabilisation écologique de la planète.
L'épuisement définitif de l idéologie du progrès du capital fondée sur le « lien entre plus et mieux » va de pair avec la crise des catégories fondamentales de l'économie politique : le travail, la valeur, le capital. Cette crise est à la fois une « crise de la mesure » et, de manière plus fondamentale, une crise de la rationalité économique incarnée par la « loi de la valeur » qui se manifeste à l'échelle tant microéconomique que macroéconomique.
En ce qui concerne le travail, le caractère hétérogène et non prescriptible du travail dit « cognitif » ne permet plus, dans nombre d activités productives, de l'évaluer selon une norme de mesure objective en termes d'unités simples de temps de travail abstrait, comme dans le taylorisme. Le travail cognitif se présente par essence comme l'enchevêtrement complexe d'un travail intellectuel de réflexion, de concertation, de partage et d'élaboration des savoirs qui s'effectue tant en amont que dans le cadre du travail immédiat de production. Le travail mesuré au temps passé et certifié dans l'entreprise n'est le plus souvent qu'une fraction du temps social effectif de travail.
La crise de la mesure du travail, poursuit Gorz, est étroitement associée à la « déconnexion patente entre valeur et richesse », ce qui illustre de manière exemplaire « la crise du capitalisme dans ses fondements épistémiques »39. Pour comprendre cette affirmation il faut rappeler comment, pour l'économie politique classique, la valeur (des marchandises) dépend des difficultés de la production et donc du temps de travail et diffère radicalement de la richesse qui, elle, dépend de l'abondance et de la valeur d' usage. La logique capitaliste de la production marchande avait ainsi trouvé une sorte de légitimité historique dans la capacité de développer la richesse en produisant toujours davantage de marchandises avec moins de travail et donc à prix de plus en plus faibles, en permettant de satisfaire une quantité croissante de besoins véritables et/ou superflus.
Dans le capitalisme cognitif, cette liaison est rompue, voire inversée, pour deux raisons essentielles. D'une part, l'emprise des rapports marchands s étend à des biens, comme la connaissance et le vivant, mais aussi les cultures, les modes de vie, etc., qui constituent des biens communs de l'humanité irréductibles, dans leur essence, à des marchandises et à des valeurs économiques trouvant leur substance (et mesure) dans le temps de travail. D'autre part, pour un nombre croissant de marchandises, les coûts de production ou de reproduction en termes de temps de travail sont très faibles et dans certains cas tendent vers zéro. Les prix de ces marchandises et donc les profits qui leur sont associés devraient connaître une baisse proportionnelle.
L'extension et le renforcement des DPI sont les moyens privilégiés pour empêcher cette évolution, en maintenant les prix des marchandises artificiellement élevés au moyen d'artefacts institutionnels. C'est ainsi que brevets et droits d auteurs visent à clôturer la connaissance, tandis que l'investissement dans l'image de marque mène à un formidable approfondissement de la dimension purement symbolique des marchandises et devient le vecteur d'une production culturelle de subjectivité assujettie au capital. Finalement, le capital est conduit à développer de plus en plus de mécanismes rentiers de raréfaction des ressources dans sa tentative de maintenir en vigueur, de manière forcée, la primauté de la logique de la marchandise et d'empêcher le passage vers une société fondée « sur la gratuité et l'abondance ».
Enfin, la place désormais prépondérante du capital immatériel échappe, elle aussi, à toute mesure objective. Elle marque la perte de pertinence de la catégorie même de capital qui s' était affirmée avec le capitalisme industriel, et où ce dernier se présentait essentiellement sous la forme de « travail mort » accumulé dans des machines, propriété exclusive du capital, déterminant la nature et les conditions du travail40.
Dans le capitalisme cognitif, le nouveau et principal capital fixe est l'intelligence collective. Il est « constitué de l'ensemble des rapports sociaux et de vie [ ] qui se sédimentent dans la force de travail ». Par conséquent, ce nouveau capital fixe « n'est pas du travail accumulé et ne peut pas prendre la forme valeur. Il est d'essence sociale, commun à tous »41. C'est pourquoi « la valeur [boursière] de ce capital est purement fictive : elle repose en grande partie sur l'endettement et le goodwill, c'est-à-dire sur des anticipations42» des profits futurs effectuées par les marchés financiers sur la base d'une logique autoréférentielle destinée inéluctablement à éclater, « en menaçant le système mondial de crédit d'effondrement, l'économie réelle d'une dépression sévère et prolongée »43. Cette dynamique, marquée par la succession de crises de plus en plus graves, n'est pas, selon Gorz, le produit d'une mauvaise régulation de la finance. Elle traduit « tout simplement la difficulté intrinsèque à faire fonctionner le capital intangible comme un capital, à faire fonctionner le capitalisme dit cognitif comme un capitalisme »44.
Dans ses derniers essais, Gorz nous livre ainsi une interprétation des profondes contradictions du capitalisme actuel qui met en évidence une humanité confrontée à une bifurcation historique. Elle ferait de la « sortie du capitalisme », sous une forme « civilisée ou barbare », un horizon inéluctable. Si beaucoup resteront sceptiques devant cette prophétie, il n'en reste pas moins que la gravité de la crise actuelle, marquée par la conjonction d'une crise financière et économique mais aussi écologique majeure, confirme en grande partie le diagnostic de Gorz et nous invite à trouver, dans sa réflexion, les outils indispensables pour penser une sortie de crise par le haut.

1 La rédaction définitive de cet article doit beaucoup à la lecture attentive et aux remarques de Jean-Marie
Monnier et de Farida Sebai que je tiens à remercier.
2 L Immatériel, op. cit., p. 81-82.
3 Voir André GORZ, « Économie de la connaissance et exploitation des savoirs », Multitudes, n° 15, 2004.
4 « Entretien avec André Gorz », in Françoise GOLLAIN, Une critique du travail, op. cit, p. 222.
5 Réforme et révolution, op. cit., p. 199.
6 Ibid., p. 200.
7 Alain LIPIETZ, « Gorz et notre jeunesse », Multitudes, n° 31, 2008, p.166.
8 Métamorphoses du travail, op. cit., p. 15.
9 Ibid., p. 22.
10 Capitalisme, socialisme, écologie, op. cit., p. 32.
11 « Entretien avec André Gorz », loc. cit., p. 222.
12 Critique de la division du travail, Seuil, Paris, 1973.
13 Capitalisme, socialisme, écologie, op. cit., p. 137.
14 Métamorphoses du travail, op. cit.
15 Écologica, op. cit., p. 133.
16 Ibid., p. 134.
17 Critique de la division du travail, op. cit., p. 14.
18 Selon laquelle « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Cette loi porte le nom du commerçant et financier anglais
Sir Thomas Gresham (1519-1579) et se base sur la constatation empirique selon laquelle lorsque deux monnaies
circulent sur un territoire, les agents économiques thésaurisent la « bonne » monnaie, et n'utilisent que celle qui est
considérée comme « mauvaise » pour leurs transactions.
19 Misère du présent, richesses du possible, op. cit. pp. 60-65. Dans l usine de montage Volvo d Uddevalla,
en Suède, entre 1987 et 1993, l expérience la plus poussée de dépassement du taylorisme dans l industrie
automobile a été menée. Le principe de la chaîne de montage comme celui de la ligne de fabrication en
phases successives sont supprimés. Ils cèdent la place à une organisation réflexive du travail dans laquelle le
montage complet des voitures est assuré en station fixe par deux ou quatre ouvriers. Ces derniers maîtrisent
les savoirs-faire concernant l ensemble du cycle de fabrication et autogèrent l organisation du travail en
rendant inutile la structure hiérarchique traditionnelle de contrôle. Malgré une productivité et une qualité de
la production supérieure à celle des autres usines du groupe, l usine d Uddevalla sera fermée en 1993. La
raison principale tient, selon Gorz, au changement du contexte économique et social. Conçu dans une
situation de plein emploi et de rapports de force favorables aux salariés, ce modèle productif novateur
instaurait un « pouvoir ouvrier » sur la production qui a finalement paru comme dangereux à la direction du
groupe. Avec la montée du chômage et de la précarité, « il n était plus nécessaire d offrir des conditions
attrayantes à la main-d uvre pour la stabiliser et l amener à s impliquer », ibid. p. 64.
20 Critique de la division du travail, op. cit., p. 95.
21 Seuil, Paris, 1969.
22 Métamorphoses du travail, op. cit., p. 75.
23 Capitalisme, socialisme, écologie, op. cit., p. 183.
24 « Les Trois Vies d André Gorz », Alternatives économiques, n° 263, novembre 2007.
25 Les Chemins du paradis, op. cit., p. 70.
26 Ibid., p. 70-71.
27 « Entretien avec André Gorz », loc. cit., p. 224.
28 En particulier avec Antonio Negri et Jean-Marie Vincent, qui sont aussi les directeurs de la revue.
Rappelons également que Gorz livra à la revue Alice, en 1998, un premier entretien sur ces thématiques.
29 Le concept de « capitalisme cognitif » a été forgé par l économiste Enzo Rullani. La thèse du capitalisme
cognitif a ensuite été élaborée et systématisée comme le schéma de lecture d une nouvelle forme du
capitalisme par les chercheurs de l équipe ISYS du Matisse-CES de l université Paris-1. Ce programme de
recherche a été présenté pour la première fois en 2001, lors du Forum de la régulation :dans un article
collectif rédigé par : Antonella Corsani, Patrick Dieuaide, Maurizio Lazzarato, Jean-Marie Monnier, Yann
Moulier-Boutang, Bernard Paulré, Carlo Vercellone « Le capitalisme cognitif comme sortie de la crise du
capitalisme industriel. Un programme de recherche », Actes du Forum de la Régulation, Paris, 2001. Il a
donné lieu depuis à la publication de nombreux ouvrages et articles, notamment dans les revues Multitudes,
Posse, Historical Materialism, European Journal of Economic and Social System.
30 Carlo VERCELLONE, « La thèse du capitalisme cognitif. Une mise en perspective historique et théorique »,
in Gabriel COLLETIS et Bernard PAULRE (sous la dir. de), Les Nouveaux Horizons du capitalisme. Pouvoir,
valeurs, temps, Economica, Paris, 2008, p. 71-95.
31 L Immatériel, op. cit., p. 47.
32 Ibid., p. 11.
33 Ibid., p. 80.
34 Misères du présent, richesse du possible, op. cit.
35 « Économie de la connaissance et exploitation des savoirs », loc. cit., p. 206.
36 Ibid.
37 L Immatériel, op. cit, p. 73.
38 Ibid. p. 76.
39 « Économie de la connaissance et exploitation des savoirs », loc. cit., p. 214.
40 L Immatériel, op. cit.
41 Ibid., p. 40.
42 Écologica, op. cit. p. 27.
43 Ibid.
44 L Immatériel, op. cit, p. 55.

miércoles, 27 de abril de 2011

France Télécom : un salarié se suicide en s'immolant par le feu/ Un empleado se suicida por inmolación

Un salarié de France Télécom-Orange âgé de 57 ans s'est suicidé, mardi 26 avril au matin, en s'immolant par le feu sur le parking d'un des sites de l'entreprise situé à Mérignac, près de Bordeaux.
"Les secours arrivés sur place n'ont pu que constater le décès de ce salarié", a précisé la direction du groupe, ajoutant avoir mis en place une cellule psychologique. Arrivée sur place en fin d'après-midi, la directrice exécutive d'Orange France, Delphine Ernotte, a assuré qu'"une enquête sera[it] diligentée" sur le suicide du salarié, "en toute transparence avec les partenaires sociaux".

L'homme qui s'est suicidé était père de quatre enfants. Il était représentant du personnel pour la CFDT et préventeur, c'est-à-dire chargé des conditions de travail, de l'hygiène et de la sécurité, depuis plusieurs années.

UN CHANGEMENT DE POSTE "MAL VÉCU"

"L'ensemble du personnel est complètement submergé d'émotion, a indiqué Sébastien Crozier, responsable syndical (CFE-CGC - UNSA) à France Telecom. C'est l'horreur absolue." Selon lui, le salarié "avait été très affectée par la période de redéploiement, de suppression d'emploi" mise en place par l'ancien directeur du groupe Didier Lombard.

Cette politique de modernisation à marche forcée s'est notamment traduite par la suppression de seize mille emplois entre 2006 et 2008 et des mobilités contraintes. "Fonctionnaire à France Télécom depuis trente ans, il a changé souvent de poste, a indiqué François Deschamps, responsable CFE-CGC - UNSA de la région Sud-Ouest. Cette mobilité imposée lui avait fait vendre sa maison, il avait écrit à plusieurs reprises à sa direction et il n'avait pas eu de réponse à ma connaissance." François Deschamps, qui avait vu le salarié deux ou trois semaines plus tôt, ne l'avait pourtant pas "senti au pied du suicide". Il décrit une personnalité sociable. "C'était quelqu'un de très reconnu professionnellement, de très crédible."

"TOUT N'EST PAS RÉGLÉ À FRANCE TÉLÉCOM"

D'autres syndicats ont fait part de leur tristesse après ce suicide. "C'est un drame", a déclaré Pierre Dubois de la CFDT. La CGT a indiqué, de son côté, que ce suicide était "la démonstration que tout n'est pas réglé à France Télécom".

Ce suicide ravive en effet une plaie chez les salariés du groupe : le suicide de treize salariés en 2008 puis de dix-neuf en 2009, avait déclenché une importante crise sociale au sein de l'entreprise en 2009. Le système de management avait notamment été mis en cause, et Didier Lombard, PDG depuis 2005, montré du doigt. Il avait eu la maladresse d'évoquer une "mode du suicide", au plus fort de la controverse. Depuis, ce dernier a cédé les rênes opérationnelles du groupe, le 1er mars 2010, à l'actuel directeur général, Stéphane Richard, avant d'annoncer son départ définitif de l'entreprise en février 2011.

"Peut-on toujours détecter quelqu'un en période de fébrilité dans une entreprise de cent mille salariés. Peut-on être infaillible ? La preuve que non", a reconnu mardi la directrice exécutive, tout en affirmant que "toute la lumière, pour autant qu'on puisse la faire, sera[it] faite. (...) "Si ce drame devait renforcer quelque chose, c'est notre détermination qu'il faut poursuivre dans la voie engagée avec Stéphane Richard et continuer cette reconstruction."

Selon un décompte de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées, créé à l'initiative de deux syndicats du groupe (SUD et la CFE-CGC - UNSA), on a encore déploré un suicide en 2011, survenu en janvier au domicile d'un salarié, et vingt-sept suicides et seize tentatives en 2010. Des chiffres que ne confirme pas la direction, qui dit ne pas vouloir établir de "comptabilité macabre".

 Article repris de http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/04/26/france-telecom-un-salarie-s-est-suicide-en-s-immolant-par-le-feu_1512911_3224.html

miércoles, 20 de abril de 2011

De cómo trabajar las historias orales desde el ilusionismo social. Javier Encina, UNILCO-espacio nómada. Sevilla.

 http://ilusionismosocial.org/

Tebas, la de las Siete Puertas, ¿quién la construyó?
En los libros figuran los nombres de los reyes.
¿Arrastraron los reyes los grandes bloques de piedra?
Y Babilonia destruida tantas veces,
¿quién la volvió a construir otras tantas?
¿En que casas de la dorada Lima vivieron los obreros que la construyeron?
La noche en que fue terminada la Muralla china,
¿adónde fueron los albañiles?
Roma la Grande está llena de arcos de triunfo. ¿Quién los erigió?
¿Sobre quiénes triunfaron los Cesares? (...)
Una victoria en cada página.
¿Quién cocinaba los banquetes de la victoria?
Un gran hombre cada diez años,
¿quién pagaba sus gastos?
Una pregunta para cada historia.
Bertolt Brecht.

¿Para qué sirven las historias orales?
Cuando nos preguntamos ¿para qué sirven las historias orales?, no cabe otra respuesta que la de Gustavo en “La estrategia del caracol”: ¡pa’ la dignidá’ ¡pa’ la dignidá’ nuestra!; tras esto se retiran los medios de comunicación de masas... Tal vez sea el momento de poder empezar a trabajar desde nuestras propias inquietudes.
A la hora de trabajar cualquier proceso de participación debemos tener en cuenta tres aspectos fundamentales:
Nuestra acción no debe centrarse en la toma del poder (ya sea de forma en que una vanguardia promueve la insurrección, o en que una vanguardia organiza un partido y gana las elecciones), ni en el empoderamiento (que al fin y al cabo es una toma de poder, habitualmente en el marco de las lógicas dominantes); sino en la autogestión colectiva del poder con el horizonte utópico de su disolución, en el desempoderamiento. La autogestión nos cambia la mirada desde la toma del poder al poder hacer/pensar/sentir, lo que implica saberes, habilidades y quereres. Además, siempre hace referencia a una dimensión colectiva que parte del flujo social, del hacer/pensar/sentir de otr@s y con otr@s. Para ir construyendo la autogestión colectiva del poder es necesaria en primer lugar la resistencia, tanto en el nivel de oposición/conciencia, como en el de interacción creativa. En segundo lugar es necesaria la ruptura que abra hacia la innovación, que de lugar a nuevas propuestas que provoquen renunciar a la identidad y potenciar las identificaciones. Y en tercer lugar, cauces de participación que den forma a la oposición/interacción/innovación que tendrán que construirse en el proceso, fruto de las diversas acciones que se vayan realizando.

Desde las historias orales se pueden trabajar, sin posibilidad de separarlos:
 el intercambio de saberes, haciendo ver la importancia de lo que sabe la gente; construido y aprendido fuera de las instituciones del estado y del mercado (aunque en una continua oposición, consentimiento y entrelazar la cultura oficial, la cultura de masas y las culturas populares).
 los cauces de participación, partiendo de la autogestión y la descentración que potencian las formas de transmisión de dichas historias.
 las motivaciones que, al sentir la realidad como una construcción colectiva, te ponen en disposición de comprender que el futuro depende en buena manera de lo que puedas vivir con los demás.

¿Dónde podemos encuadrar las historias orales?
Para muchas personas que pululan alrededor de la universidad o de los ayuntamientos pueden ser un nuevo nicho de empleo, y por lo tanto, las encuadran en las estrategias que marcan estas instituciones: la acumulación de organizaciones y de legitimidades, ya sean políticas o científicas.
Para otras personas es una nueva fuente de denuncia para crear una nueva conciencia de clase o una nueva conciencia nacional; y, por lo tanto, están en la lógica de acumulación de fuerza para llevar a cabo las estrategias de vanguardia. Tal como las trabajamos, las historias orales son parte de la dialéctica de construcción/deconstrucción de la democracia cotidiana. Por lo tanto, las encuadramos dentro de un proceso en el que la gente puede ir construyendo la autogestión de su vida cotidiana.
Proceso en el que las historias orales son vehículo de transmisión y forma de construcción de cosmovisiones, formas de hacer/sentir/pensar y de relaciones, que pueden ser impuestas, consentidas o construidas colectivamente y que se caracterizan por su potencialidad para ayudar a la transformación desde la vida cotidiana.
Por esto, (trabajar las historias orales para la transformación desde la vida cotidiana), hay que trabajar la historia de la gente en los espacios y tiempos cotidianos, nunca la historia de los territorios. Nuestra historia es la interacción de nuestras vidas; independientemente donde hayamos nacido, nuestras vidas aportan cualidad y calidad a los espacios y tiempos que vivimos.

¿Qué son las historias orales?
Una de las herramientas-técnicas que usamos en los procesos de ilusionismo social; son aquellas herramientas que además de responder al ¿cómo vamos a hacerlo?, pueden abrir hacia otras posibilidades. Se caracterizan por su posible transversalidad, con ellas se puede hacer un recorrido a lo largo de todo el proceso.
Las historias orales no son las historias de las personas que no saben escribir, son las historias de las que, por su posición asimétrica con respecto al poder, sólo pueden transmitir sus historias verbalmente; son las historias de las personas desposeídas por no tener dinero, por no ejercer el poder político, por no pertenecer al género, la edad o la cultura dominante...
Las historias orales son las historias de la mayoría social a la que aún no han podido robarle el conocimiento, los recursos y las formas de transmisión de las narraciones orales. Al tener un soporte tecnológico descentrado facilitan la resistencia, el ser autogestionadas, y el poder ser apropiadas fácilmente por la gente. En palabras de Emmanuel LIZCANO (1984:10) “que la escritura tenga un bien ganado prestigio por el impulso que haya podido dar a la ciencia, que quien esto escribe saque de ella no sólo sustento sino hasta placer físico, no autoriza a nadie a desertizar el suelo de las culturas orales. No tendrán escritura, pero tienen otros logros de los que nosotros carecemos, y –que yo sepa- nunca han emprendido campañas de oralización que llevaran a la hoguera nuestros libros como formas de superstición e incultura. Gentes de letras y gobierno: las culturas del verbo no habitan tan solo en continentes lejanos. Gitanos y euskaros, gallegos y andaluces, nuestros propios
críos y hasta los abismos inconscientes que anidan en cada uno de nosotros, tan letrados, tienen su palabra. Como sabía Juan de Mairena, aún ‘es muy posible que, entre nosotros, el saber universitario no pueda competir con el folklore, con el saber popular’. ¡Dejadles, dejadnos, dejémonos en paz”.
O como nos plantea Hans Magnus ENZENSVERGER (1986:7) “nunca se trató de allanar el camino a la cultura escrita y mucho menos aún de liberar a los hombres de su minoría de edad. El progreso del que se hablaba era un asunto muy diferente. Consistía en amaestrar a los analfabetos a la más baja entre las clases de hombre, en arrebatarles su fantasía y su obstinación para, en adelante, no explotar solamente la fuerza de sus músculos y la habilidad de sus manos, sino también su cerebro”. Pensar que la historia escrita es la Historia objetiva, y las historias orales son percepciones subjetivas de cada entrevistado, es no conocer el papel que ha tenido la Ciencia dominante en los últimos dos siglos. Es desconocer su estrategia de crear una única Historia Global, cuya explicación sería la racionalidad humana, dejando de lado las discontinuidades, los espacios de no progreso, y la posibilidad de repensar el pasado (puesto que objetivamente es algo acabado).
La lógica dominante es descubrir, o sea buscar y explicar desde el presente dominante los acontecimientos del pasado, encajándolos en la racionalidad dominante del presente, para dar sentido de progreso y globalidad.
Las alógicas de las historias orales es encontrar en el pasado formas de vida que nos ayuden a comprendernos en nuestro presente, posibilitándonos la reproducción ampliada de la vida cotidiana desde la que podamos construir nuevas cosmovisiones que nos ayuden a transformar el futuro. “Al menos en esto no desbarró Pablo de Tarso: la letra mata, el espíritu da vida. Letra que es ley, abstracción, burocracia y planificación: sumisión de la posible vida indefinida a una norma fija, intemporal, que diría García Calvo. Espíritu que es, para todas las culturas del verbo, soplo, oralidad, expulsión de aire en un pronunciar que crea. En su modo oral, la lengua es órgano y palabra, liga ‘lo fisiológico y lo psicológico (y lo lógico), da primacía al ritmo y a la pausa, subordina lo oratorio a lo respiratorio, la representación a la acción, la idea a la emoción’, en expresión de Duméry. En ella, hasta el silencio es elocuente” (Emmanuel LIZCANO, 1984:10).
Las historias orales son tan antiguas como la capacidad de comunicarse de la especie humana...
Siempre se hace referencia a que los primeros historiadores (Herodoto, Tucídides, Polibio, etc.) no sólo buscaban evidencias documentales, sino que las contrastaban y completaban con los testimonios orales. Pero desde la historiografía contemporánea se fueron encasillando las historias orales a contextos donde las culturas orales eran el eje de la producción y transmisión de conocimientos.
Sobre todo a partir del siglo XIX las fuentes escritas pasaron a ser el material exclusivo de los historiadores, potenciando la historia política y de los grandes acontecimientos: la Historia únicade los grandes hombres (la Historia de la Humanidad). Las historias orales quedaron en manos de los antropólogos indigenistas y de los aficionados locales. La Historia busca su carácter científico en el uso y análisis exclusivo de fuentes documentales. La irrupción de la perspectiva cualitativa en la Historia hace volver la mirada hacia lo social. Así, a partir de los años cuarenta (con la generalización de la grabadora) comienzan a constituirse en las universidades de los EEUU, grupos de investigación sobre historia oral: de un carácter archivístico y empírico, su preocupación principal era registrar voces y construir archivos.
En Gran Bretaña surge, en los sesenta, una historia oral que tiene por objeto la historia social de los trabajadores, de las minorías étnicas, de las mujeres,.... De aquellos grupos usualmente olvidados por el registro de la Historia1. En los países mediterráneos y escandinavos este carácter social se complementa con lo local y con lo popular.
En España, esta corriente no tiene su boom hasta la muerte del dictador Franco (1975). Durante lo que se ha dado en llamar la Transición se vuelve la mirada hacia el movimiento obrero, la Segunda República y la resistencia antifranquista, lo que obliga a la utilización de fuentes orales, pero el nuevo orden democrático se encarga de que pierda sentido el historiador comprometido, al igual que el cantautor, el pintor del pueblo, el cura obrero... Y así, hacia finales de los ochenta estas figuras han quedado como una moda pasajera, volviéndose a construir la Historia desde el postulado cientifista de los documentos son nuestra única fuente de conocimiento. Olvidándose de la propuesta de Daniel BERTAUX (1977:29) “la recopilación de narraciones de vida no es una técnica. Es mucho más. Es un nuevo enfoque sociológico y este enfoque crea gradualmente la necesidad de revaluar todos los otros aspectos de la praxis y el método sociológico actuales”.
Las historias orales liberan las voces de los sujetos, poniendo en cuestión el pretexto de la objetividad y la tendencia de “cosificar lo que está vivo y estructurar lo que es conflicto y contradicción” (Daniel BERTAUX 1979:25); obligándonos a pensar en abandonar las metodologías e ir construyendo formas de hacer que liberan el pensar/sentir/hacer de los sujetos individuales y/o colectivos; unas formas de hacer fronterizas, contaminadas y mestizas que esté en continua adaptación a los procesos sociales. Como plantea F. ELEGÖET (1978:9) “que su lógica interna surja a través de las prácticas y las representaciones de sus actores”, potenciando así nuevas mediaciones sociales que sirvan para el enriquecimiento de los propios procesos sociales. Como plantea Martine BURGOS (1993:163) “creo que las historias de vida son el mejor material –y tal vez el único- sobre el cual se puede basar la investigación de la manera en que el individuo
construye su autoimagen social como producto viviente de la interacción de diversas clases de tensión”.

¿Cómo hemos hecho las historias orales?
Haciendo un esfuerzo de sistematización, aunque no nos guste, podríamos identificar cinco
momentos:
Momento 1, entrevistas.
Momento 2, elaboración del borrador de las historias orales (de las historias de la gente no de los territorios).
Momento 3, lectura del borrador a los entrevistados y debate en talleres.
Momento 4, elaboración definitiva.
Momento 5, difusión.
0. Es conveniente saber algo de historia del pueblo, mediante algún informante o en su defecto
alguna historia escrita.
1. A la hora de seleccionar a las personas a entrevistar hay que tener en cuenta varias cosas:
-Matriz social:
1. Debe de entrevistarse a personas de los diversos segmentos de clases sociales, de las
diversas culturas del trabajo, de las diversas culturas relacionales (etnia, edad...) y de los
diversos géneros.
2. Diversidad espacial: que estén representadas las distintas divisiones del pueblo (pueden
ser barrios, puede ser arriba y abajo, de un lado o de otro de un río o de una carretera,
etc.)
3. Identidad de adscripción: pertenecer a una hermandad, a un equipo, a veces a
tendencias políticas y religiosas.
-El tipo de entrevista debe ser abierta, con una primera pregunta general que abra el discurso del entrevistado, y con los sentidos de sensibilidad, creatividad y oportunidad ir completando la historia mediante preguntas “no directas” del tipo ¿en este pueblo no se jugaba?.
-Hay que tener en cuenta que el momento de la entrevista mezcla tres situaciones: 1) el recuerdo de lo vivido; 2) la situación actual del entrevistado; 3) la propia situación de la entrevista. Es muy importante comprender bien estas tres situaciones para sacarle el mayor partido a la entrevista.
2. Cuando tenemos todas las entrevistas hacemos un borrador; en las historias orales de Pedrera (1997), de Las Cabezas de San Juan (2001) y de Olivares (2009), nos ha servido hacer cuatro grandes bloques:
-Uno que giraría en torno a las historias que nos han contado nuest@s mayores (que sólo se
desarrolló en Pedrera).
-Los otros tres bloques girarían en torno a lo que hemos vivido y los estructuramos en torno a la casa, la calle, y las formas de poder institucional; aunque, claro está, caben otras muchas formas de estructuración teniendo en cuenta la diversidad de temas que podemos trabajar usando como excusa las historias orales.
3. Reunimos a las personas entrevistadas en talleres de debate, normalmente dividiéndolas en torno a los temas que más han hecho referencia.
En el taller se va leyendo el borrador y debatiendo cada epígrafe, así se va completando.
4. Una vez acabados los cuatro o cinco talleres (o los que hagan falta) se elabora la versión definitiva.
5. Se hacen encuentros entre l@s narrador@s y otra gente del pueblo, (así sólo se hizo en Las Cabezas de San Juan; en los otros lugares fueron l@s coordinador@s los que asumieron este papel), bien en espacios de sociabilidad, o centros educativos... para divulgar las historias y provocar nuevas acciones.

Una manera de aprender, de forma simulada, a hacer una historia oral.
Se divide al grupo con el que queramos trabajar en subgrupos de tres personas (A, B y C) desarrollando los siguientes momentos:
MOMENTOS 1 2 3
Cuenta la historia A B C
Entrevistador B C A
Escribe la historia C A B
La historia narrada puede ser cualquiera que se comparta por parte de todas las personas que realizan el taller, o como último recurso el cómo se han interesado por realizar el propio taller y su desarrollo.
Momento 4, después de estos “tres momentos”, las personas A, B y C elaboran el borrador de la
historia oral, con las tres historias...
En el momento cinco leen el borrador, lo debaten y elaboran la historia oral definitiva del subgrupo.
El momento seis es el tiempo para que cada subgrupo exponga su historia; y se cierra con el momento siete, donde se elabora una historia oral de todos los subgrupos.

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Rápale SAMUEL (ed) (1984) Historia popular y teoría socialista. Ed. Crítica. Barcelona.
Mª Teresa SIRVENT (1999) Cultura popular y participación social. Miño y Dávila Editores. Buenos
Aires/ Madrid.


viernes, 1 de abril de 2011

La historia del DIARIO de la Región, cooperativa de trabajo.

“Vaciamiento”, “Fábrica cerrada”, “trabajadores en la calle”; eran términos y títulos bastante comunes en los cabezales de las páginas del diario, cuando despuntaba el siglo XXI en Argentina.
Eran expresiones y contenidos que se venían masticando y escribiendo en la redacción , que constituían los efectos groseros de la política económica nacional subyugada por los vidrios de colores del neoliberalismo.
Signos habían como para estar alertas: meses de sueldo sin cobrar, discretas invitaciones del director para con algunos empleados a renunciar a la empresa, movimientos extraños como el retiro de cierta tecnología de punta… Abundaban las especulaciones a voz baja en los pasillos que, aunque nunca es bueno sumarse a los corrillos, estaban palpando una verdad que nadie se atrevía a reconocer.

El grito de alerta se escuchaba a los cuatro vientos. Mas, como ilustra Jean Paul Sartre, uno no se imagina que vienen por uno, hasta que le toca a uno.
Y así fue que un día cualquiera del 2002, en una jornada semejante a la de cientos o miles de jornadas en la historia de un diario, fulminó la primicia: “Opama (se terminó en guaraní) el diario” dio la voz un compañero. Sumó otro en un intento de traducir: “Se borró Balbuena” (el empresario dueño); alguien fue concreto: “Viene la justicia a cerrar el diario”.
Era la tarde noche. Y en ese lapso, entraban los oficiales de justicia a la redacción trayendo la mala nueva, apoyados por Gendarmería que hacía cordón al edificio.
Bien valía para la ocasión el consabido “paren las rotativas”, porque tomaba forma una fatídica noticia que esta vez, no llegaba del afuera, sino de los propios intestinos.
Ese patrón inmoral -del que todo había que temer-, acababa de hacer una jugada maestra: salió de su despacho portando el maletín de cuero, diciendo “hasta mañana” a quienes se cruzaba, y desapareció, para siempre.
Venía la justicia a cerrar el diario. Los compañeros casi intuitivamente, defendieron la salida del diario de ese 22 de octubre, sintieron que era menester sacarlo a la calle incluso antes de tomar conciencia completa de lo que estaba pasando.
Más o menos así sucedió aquel día cuando casi un centenar de trabajadores quedaba en la calle…
Solo una veintena decidió dar lucha.

LA PRE HISTORIA

Gráfica Chaqueña SACI fue fundada en1990 y el dieciséis de noviembre de ese año, en José Hernández 286 de Resistencia, editó el primer número de El Diario Chaqueño e Independiente.
Hacía su aparición en la provincia del Chaco un medio de comunicación gráfico, que despuntaba como saludable opción a la verdad monopólica del único medio de prensa existente.
Con el desguace de un diario recientemente cerrado en Santa Fe y la inversión de empresarios locales, abrió sus puertas el flamante medio periodístico. Fundado “a la alta escuela”, con un staff periodístico relevante, una visión noticiosa fresca y renovada y estrategias de mercado exitosas, se posicionó rápidamente.
A fines de 1993 un porcentaje importante de las acciones fueron vendidas a un empresario correntino, quien fundó Editora del Nordeste S.A. Entre ambas empresas se dividían las funciones; una, encargada de la cuestión editorial: producción y redacción de las noticias; y la otra, de las correspondientes a taller, impresión y distribución.
Cinco años después, Apint fue creada por las dos firmas como Sociedad Anónima dedicada a la prestación de servicios. Ésta, resultó ser una “empresa fantasma” por la cual se “fugaban” los ingresos del diario mientras en el interior de la empresa comenzaban a aparecer los primeros problemas financieros relevantes.
Sobrevivientes de la vieja guardia rememoran: “El 2001 fue el año de mayor tiraje, cuando más se vendía el diario, cuando más publicidad entraba, y sin embargo, nosotros no cobrábamos un centavo por presunta falta de fondos”.
La informalidad en el pago de haberes no sólo la padecieron los trabajadores sino también los proveedores de ambas firmas, con los cuales las deudas crecieron a ritmo galopante.
Dentro de la cartera de proveedores se encontraba Complaspel SACeI. Esta empresa era uno de los proveedores que más sufría las consecuencias de las prácticas ilícitas, ya que el diario le adeudaba importantes sumas. Fue la primera en reclamar judicialmente sus acreencias.
El ocho de agosto del año 2001 Complaspel SACeI, con domicilio en Capital Federal, patrocinada por sus abogados, solicitó a la Jueza que decrete la quiebra de Gráfica Chaqueña SACI y Editora del Nordeste S.A.
En el petitorio se sostuvo claramente que la deudora ya había incumplido distintos acuerdos celebrados entre ambas partes, por lo cual no encontraban otro medio para cobrar sus acreencias.
Los antecedentes legales expuestos ante el juzgado eran de noviembre de 1998, cuando judicialmente presentaron cargos persiguiendo el cobro de capital más intereses adeudados desde julio de ese año.
En abril de 1999 se llegó a un acuerdo donde los demandados reconocieron adeudar más de cincuenta mil pesos, los que serían abonados en nueve cuotas mensuales y consecutivas de cinco mil setecientos pesos, el mismo fue homologado judicialmente.
Los pagos se cumplieron sólo parcialmente por lo que los intentos de ejecución judicial prosiguieron.
En mayo de 2000 se arribó a un nuevo acuerdo, por el cual se debían abonar diez cuotas de cinco mil ciento cincuenta pesos cada una, de éstas sólo pagaron tres cuotas con demoras y la cuarta con cheques rechazados, los cuales fueron sustituidos posteriormente por efectivo.
Con todo ello, en octubre del año 2000 la deuda de El Diario Chaqueño e Independiente con Complaspel SACeI , ascendía a treinta mil novecientos pesos sin considerar intereses por mora. No había más mediación
Cumplido todos los pasos procesales y ante los reiterados incumplimientos por parte de Gráfica Chaqueña SACI, el Juzgado Civil y Comercial de la Décima Nominación a cargo de la doctora Norma Alicia Fernández de Schuk, dispuso el martes 1º de octubre de 2002 la quiebra de Gráfica Chaqueña SACI y se procedió a nombrar los síndicos de ambas empresas, los cuales fueron la contadora. Graciela Pérez como síndico en los autos caratulados “Gráfica Chaqueña SACI s/ Quiebra pedida por Acreedor- Hoy Quiebra” y al contador Víctor Tacca como síndico en los autos caratulados “Editoras del Nordeste s/ Quiebra pedida por Acreedor- Hoy Quiebra.”
Habían pasado una docena de años de la pre-historia del diario.


HORA DE DECISIONES

Casi un centenar de familias chaqueñas dependía de ese medio de comunicación que quebró durante la gestión del último patrón.
Patrón que elucubró su plan armado de tres empresas creadas a la medida de sus necesidades: Editora del Nordeste S.A., Gráfica Chaqueña SACI y APINT S.A., que sintetizaban en “El Diario Chaqueño e Independiente”. Pero valga aclarar que la caída del diario, no fue exclusivamente por el marco político- económico de los tiempos desbarrancados del “que se vayan todos”, sino, principalmente, por la complicidad y la impunidad lograda durante la gestión del gobierno de entonces.
Del vamos, la jugosa pauta publicitaria que recibía el empresario no condecía con el padecimiento de sus trabajadores.
El personal era sometido a evidentes arbitrariedades: bajos salarios, demora en el pago de sueldos, limitaciones y dificultades para cumplir con la tarea diaria, violaciones convencionales, deudas por los aportes de ley, entre numerosas otras obligaciones impagas, que fueron dibujando la nefasta gestión; paradojal, ya que la cartera de clientes comerciales del diario desbordaba y la presencia que marcaba en el mercado, se traducía en la gran tirada de ejemplares
Durante el año 2001 los trabajadores no cobraban sus sueldos con regularidad y desde fines de ese año los pagos de haberes fueron suspendidos como así también el de aguinaldos. Ajustaba la soga al cuello en extremo. Pero el temor de perder la fuente laboral, hacía agachar la cabeza, resguardando la ilusión de que simplemente se atravesaba una coyuntura por superar.
Tiempo después, los trabajadores comprobaban que sus empleadores ni siquiera cumplían con el deber de realizar aportes en su nombre. Esta situación que obligó a la acción, llevó a que se planteen quejas por distintas vías, sea directamente, tal las denuncias ante los organismos de control avalados en mayor medida por el sindicato de Prensa y en menor medida por el Sindicato de Gráficos.
Pero volvamos a esos días que marcaron la muerte y la resurrección.
Los oficiales de justicia se presentaron en el diario, el primero de octubre de ese mismo año, con el objetivo de desalojar y cerrar el edificio. En este intento de cierre también participó personal de Gendarmería.
 Mientras se rodeaba el perímetro edilicio, los empleados estaban trabajando en el cierre de la edición del día, y en cuanto tomaron conocimiento de los hechos se amotinaron, literalmente, e impidieron el desalojo, sosteniendo que no iban a abandonar el lugar de trabajo; asimismo, solicitaron de inmediato a los síndicos autorización para poder terminar la edición del día siguiente.
Las sindicaturas accedieron al pedido y permitieron que se edite el diario del dos de octubre de 2002.
(Establece el artículo 189 de la Ley de Concursos y Quiebras –LCQ- que corresponde a la Sindicatura tomar la decisión de continuar o no con la actividad de la empresa quebrada, expresando: “Continuación inmediata. El síndico puede continuar de inmediato con la explotación de la empresa o alguno de sus establecimientos sólo excepcionalmente, si de la interrupción pudiera resultar con evidencia un daño grave al interés de los acreedores y a la conservación del patrimonio. Debe ponerlo en conocimiento del juez dentro de las veinticuatro horas…”).
Ambas sindicaturas resolvieron la continuación inmediata de la actividad en resguardo del patrimonio de la empresa fallida.
Y salió el diario ese día, y saldría el siguiente, y el siguiente…









UNA MÁS, RECUPERADA

El contexto de crisis que vivían los ex empleados los llevó a pensar en las posibilidades legales de continuar y para ello buscaron asesoramiento letrado. Habiendo conocido cuales eran las alternativas optaron por seguir el ejemplo de las muchas empresas del país que lograron recuperarse. En esta etapa fue determinante el aporte, desde el punto de vista legal, de la abogada Laura Tisembaum y también de la guía y contención del Sindicato de Prensa.

¿Por qué se adoptó la forma de cooperativa? “Era la única posibilidad que nos cabía, pero además de salvar la fuente de trabajo, aparecía un sistema de bondades extraordinarias”, recuerda un asociado.
El dieciocho de octubre de 2002, los trabajadores de Gráfica Chaqueña SACI, así como los de Editora del Nordeste presentaron a sus respectivos síndicos de quiebra, una nota donde hicieron saber que habían tomado la decisión de poner toda su voluntad y esfuerzo para la continuidad de la fuente laboral.
Este pedido se enmarca en la novedad introducida por el artículo 190 de la LCQ en su segundo párrafo: “En toda quiebra, aun las comprendidas en el artículo precedente, el síndico debe informar al juez dentro de los veinte días corridos contados a partir de la aceptación del cargo, sobre la posibilidad excepcional de continuar con la explotación de la empresa del fallido o de alguno de sus establecimientos y la conveniencia de enajenarlos en marcha.
En la continuidad de la empresa se tomará en consideración el pedido formal de los trabajadores en relación de dependencia que representen las dos terceras partes del personal en actividad o de los acreedores laborales quienes deberán actuar en el período de continuidad bajo la forma de una cooperativa de trabajo.
El término de la continuidad de la empresa, cualquiera sea su causa, no hace nacer el derecho a nuevas indemnizaciones laborales…”
Tras ese objetivo se llevaban a cabo reuniones diarias y exhautivas, lecturas y estudio, para la conformación de una cooperativa de trabajo. Entre el 7 y el 21 de octubre se realizaron una serie de encuentros en la sede del Sindicato de Prensa. Con asesoramiento legal y técnico, expertos en cuestiones de cooperativismo expusieron las características de cómo asociarse para cumplir con un objetivo común.
En la nota presentada a los síndicos, se informaba fecha y hora de la Asamblea Constitutiva programada, que tendría lugar el 22 de octubre a las 19.30, en sede de El Diario; así como también solicitaban tanto a los síndicos, como por su intermedio a la Sra. Jueza, se contemple la posibilidad de mantener la fuente de trabajo.
Mientras las cuestiones en el Juzgado Civil y Comercial seguían su curso burocrático y el mañana se presentaba incierto, los trabajadores continuaban esperanzados y trabajando en la constitución de la Cooperativa.

ASAMBLEA CONSTITUTIVA

Aquella reunión pilar, tuvo lugar el 22 de octubre de 2002, en la sala de redacción del matutino. Un grupo de 22 empleados de un plantel de 90 que integraba la empresa antes de la quiebra, realizaron una asamblea y en su transcurso se dio lectura y se aprobó el Estatuto de la LA PRENSA Cooperativa de Trabajo y Consumo Ltda. (El acta fue remitida para su aprobación a la Dirección de Cooperativa). Además, se eligieron a los socios para el Consejo de Administración, cargos que luego se designaron en la jornada siguiente.
Siendo las 22 horas, con un triunfal aplauso y sincera emoción de los recién investidos trabajadores autogestionados, nacía la cooperativa La Prensa

PRIMEROS PASOS

Luego de la continuidad inmediata, advirtiendo que su interrupción podría generar gran daño a la conservación del patrimonio y en consecuencia al interés de los acreedores, los cooperativos presentaron el informe previsto por los últimos párrafos del artículo 190 de la LCQ, que dice: “…El informe del síndico debe expedirse concretamente sobre los siguientes aspectos:
1) La posibilidad de mantener la explotación sin contraer nuevos pasivos; 2) La ventaja que resultaría para los acreedores de la enajenación de la empresa en marcha; 3) La ventaja que pudiere resultar para terceros del mantenimiento de la actividad; 4) El plan de explotación, acompañado de un presupuesto de recursos, debidamente fundado; 5) Los contratos en curso de ejecución que deben mantenerse; 6) En su caso, las reorganizaciones o modificaciones que deben realizarse en la empresa para hacer económicamente viable su explotación; 7) Los colaboradores que necesitará para la administración de la explotación; 8) Explicar el modo en que se pretende cancelar el pasivo preexistente.
El juez a los efectos del presente artículo y en el marco de las facultades del artículo 274, podrá de manera fundada extender los plazos que se prevén en la ley para la continuidad de la empresa, en la medida que ello fuere razonable para garantizar la liquidación de cada establecimiento como unidad de negocio y con la explotación en marcha”.

PROLEGÓMENOS

El 22 de octubre de 2002 la contadora Graciela Pérez, en carácter de síndico de Gráfica Chaqueña y en cumplimiento de lo dispuesto por el artículo 274, presentó su informe, del cual se transcriben dos aspectos contenidos en el primer y tercer punto:
“1- Posibilidad de mantener la explotación sin contraer nuevos pasivos. La real posibilidad de continuar con la explotación de diagramación y distribución como así también la de impresión de los ejemplares de diarios, se concretaría en atención a la provisión de materia prima, ya que el resto de los elementos que se utilizan y se hallan en el establecimiento se encuentran en adecuado estado para ser usados en la explotación.
  3- La ventaja que resultaría para los acreedores de la enajenación de la empresa en marcha. La continuidad de la empresa en este tipo de actividad es importante, en tanto sea posible, pues el daño del cese de actividad sería un acontecimiento negativo difícil de revertir fundamentalmente para la posterior continuidad de la marca “El Diario” en circulación, la continuidad permitiría la obtención de un mejor precio relativo en el futuro de la empresa en marcha.”
En tal punto también citó el pedido formal de continuación recibido por parte de los trabajadores el 18 de octubre de ese año.
Las dificultades derivadas de la continuación determinaron luego un pedido de cese por parte de ambas sindicaturas, las principales causales fueron la dependencia casi absoluta del mantenimiento de la pauta publicitaria por parte del Estado Provincial y la necesidad de contraer nuevos pasivos.
El 14 de noviembre la jueza resolvió “Disponer el cese de la explotación de la empresa por las sindicaturas intervinientes y en el marco de tal continuación autorizar a éstas a celebrar contrato de locación con la cooperativa de trabajo (en formación) La Prensa; en los términos y pautas dispuestas en los considerandos que anteceden”
Ante esta resolución se presentó a plantear aclaratoria el primer constituido presidente de la cooperativa, haciendo notar que lo que se propuso no fue continuar la explotación de las fallidas sino la utilización del mobiliario, locación mediante, para la actividad a desarrollar por cuenta y riesgo de la cooperativa.
Lo resuelto se consideraba de sumo peligro, no sólo para la cooperativa ya que no podría adoptar decisiones propias, sino también para la masa de la quiebra al usufructuar la propiedad intelectual de un tercero muy difícil de definir.
La forma en que se formula la propuesta, decía el presidente de la cooperativa: “no implica riesgos ni quebrantos a las partes, acreedores ni terceros, en tanto la cooperativa asume riesgos y endeudamiento por cuenta propia, tanto por operaciones comerciales como por sus expresiones, incorporando a la masa de la quiebra un capital mensual que permitirá acumular efectivo para hacer frente de pago del pasivo”.
Entre idas y vueltas lograron obtener la autorización para operar como Cooperativa de Trabajo abonando un canon en concepto de “locación” por los bienes.
Desde el 1º de octubre hasta el 11 de diciembre de 2002, fecha en que el Juzgado Civil y Comercial de la Décima Nominación hizo entrega del matutino a la cooperativa, se trabajó bajo la tutela de los síndicos.
No hace falta decir que el diario nunca interrumpió su salida después de la quiebra.

DEL CAOS AL RENACER
El drama de la quiebra de la empresa Gráfica Chaqueña SACI y Editora del Nordeste, se enmarcó –o se aprovechó- de la profunda crisis socioeconómica del país. Pero la quiebra no respondió excluyentemente a la fatalidad del devenir político, sino a una estrategia de vaciamiento con tintes mafiosos.
Lo cierto es que, de los 10 periodistas que conformaban la redacción del diario, quedaron sólo cinco. De tres fotógrafos quedó uno. En administración no quedó ningún personal. En publicidad, de tres, quedó uno. En distribución eran cinco y quedó uno. En Sección Rotativa eran cuatro y se fueron todos.
Frente a este panorama desolador, los 22 socios que se quedaron para conformar la cooperativa, iniciaron la reorganización de la empresa.
El 22 de noviembre de 2002, en el “Viejo Café”, un bar que también funciona bajo una cooperativa de trabajo constituida por mozos, se realizó la presentación oficial de elDIARIO de la Región y su editora.
El 11 de diciembre del mismo año, la Justicia hizo entrega formal del diario a la cooperativa (a pesar que en el acta figura la fecha del 4 de diciembre).
Había que esperar unos años más para un fruto importante: El 11 de mayo de 2005, la Cámara de Diputados aprobó la expropiación de las rotativas - King Press 11901, de cuatro cuerpos- y los bienes muebles e inmateriales, entre ellos, el nombre de elDIARIO. De esta manera, los trabajadores lograron frenar el proceso de liquidación de los bienes, y aguardan que el gobierno provincial destine los fondos para que pasen definitivamente a ser propiedad de los trabajadores.
El proyecto de Ley de expropiación fue autoría del diputado Daniel San Cristóbal. Y merece recordarse aquí, la llegada a Resistencia del doctor Luis Caro, Presidente del Movimiento Nacional de Fábricas Recuperadas quien, en varias experiencias, como en la presentación ante los diputados provinciales, explicó detalladamente el proceso de recuperación de la empresa por parte de los trabajadores.
La propuesta de continuidad presentada ante el juzgado planteaba el alquiler como medio para adquirir derecho al uso de los bienes; por el mobiliario y equipamiento informático se abonaría la suma de quinientos pesos y por el uso de la máquina rotativa la de ochocientos pesos; ambos montos pasarían a acrecentar la masa de quiebra.
Respecto a la rotativa, se encontraba en posesión del diario en el marco de un contrato de locación que vencía en septiembre de 2003, para poder usarla solicitaban la cesión del mismo asumiendo el compromiso de pago.
En cuanto al inmueble, proponían acordar con el propietario la disponibilidad del mismo. El edificio en el que funciona la Cooperativa pertenece al Nuevo Banco del Chaco SA, entidad que autorizó mediante acta elaborado por su Departamento Legal, la utilización del inmueble por medio de un comodato.
Cuando se produjo la quiebra, se mantuvieron una serie de reuniones para definir su ocupación y porque era primordial poner en claro la ocupación del local para los distintos trámites ante organismos oficiales y privados. El Banco del Chaco, redactó un acta-acuerdo para hacer el uso del edificio, convenio que está en vigencia. Siguiendo el ejemplo de muchas otras empresas recuperadas del país se solicitó la expropiación del Inmueble y el once de mayo del año 2005 la Cámara de Diputados sancionó con fuerza de ley la Declaración de Utilidad Pública del inmueble sito en calle José Hernández 280 de la ciudad de Resistencia (ANEXO 5) el cual debía destinarse al funcionamiento de la Cooperativa de Trabajo y Consumo La Prensa Limitada.
La expropiación se realizó en los términos de la ley Provincial de Expropiación Nº 2.289, la misma dispone que la expropiación se considere perfeccionada cuando mediare sentencia firme, puesta a disposición y pago de indemnización.
Volviendo al relato de la historia, vivo aún en las retinas aquella noche en que los flamantes trabajadores autogestionados regresaban triunfantes de la Cámara de Diputados de la Provincia del Chaco, con cánticos y manteniendo la misma euforia de cuando se escuchó la aprobación legislativa de la expropiación de las rotativas.
“De vuelta a casa”, una fotografía frente a las rotativas inmortalizó el momento.

LA RESISTENCIA

Después de la euforia, la reconstitución. Y no fue fácil. Que el diario esté arraigado en una ciudad con escala humana y que por su esencia esté emparentada con la sociedad, hizo que ésta no sea indiferente hacia los trabajadores.
Cómo no recordar los eventos donde la comunidad artística participaba regalando su cachet; o el acompañamiento en esos mismos eventos de figuras notables de la comunidad.
Cómo no recordar a la vecina del edificio de al lado, Kuka, que cocinaba los guisos al mediodía, trayendo los ingredientes; la “transa” con el verdulero de la esquina, de verduras y hortalizas a cambio de una publicidad. La situación económica era penosa, las deudas, los agujeros negros que había que tapar, innumerables; difícil lograr la claridad para sostener el sofisticado andamiaje de una empresa de tal magnitud que se había venido abajo, vaciada y de repente, en manos y bajo la responsabilidad de los ex empleados, nacidos y amparados en la concepción de la patronal.
Hubo que hacerse en gestión y en capacitación. Se tuvo a mano la capacitación del Banco Credicorp. En uno de aquellos cursos preguntaba el formador ¿qué hacer cuando las recetas no funcionan, no encajan, no sirven? La respuesta era “Echar mano a los procesos creativos”. Mucha creatividad a la hora de supervivencia. Y mucha libertad. Cómo no disfrutar el periodista de ser editor responsable de su nota, de darse el lujo el diseñador de romper un estandar estético, por ejemplo… Cómo no enorgullecerse de decidir los destinos de aquellas magras entradas de dinero, honrando las deudas o invirtiendo en pos del crecimiento, antes que repartirlo entre los bolsillos de los trabajadores…
Hubieron muchas bajas por esos días, así como las corresponsalías del interior que caían como castillos de naipes; algunos, periodistas talentosos, compañeros de lucha, cuya partida mereció un luto; personas que no podían seguir batallando y llevando a la casa sólo la esperanza, porque la necesidad económica de sus hogares apremiaba, y el diario todavía no daba posibilidad de estabilización mínima, ni lo garantizaba al mediano plazo. Por ello, con acierto comenta un socio: “Cuando se recuerda la solidaridad de esos tiempos, allí está el aguante familiar que tuvimos los cooperativos. Sin nuestras mujeres, sin nuestros padres, no hubiéramos aguantado”.
Resistencia y más resistencia y esa dicotomía del padecimiento y el disfrute de estar luchando por la empresa de uno y colectiva.
Lentamente se fue incorporando personal en calidad de colaboradores para cubrir los espacios. Se comenzó a producir con una dotación mínima. Algunos de los socios y colaboradores ingresaban a la mañana y prolongaban su actividad hasta la noche o bien hasta la salida del diario en un desgaste físico y mental fácil de advertir.
Durante ese duro derrotero, se sobrevivió con la recaudación de ventas de diarios y de publicidad de la capital y el interior.
Los síndicos de la quiebra se comprometieron a entregar el diario a la cooperativa con un mínimo de stok de insumos y de materia prima, pero no dejaron nada.
Se llegó a comprar papel - restos de bobinas - en las chacaritas. El diario contenía 16 páginas en blanco y negro y unos trazos en rojo en tapa y contratapa. Las planchas offset se compraban al menudeo en Corrientes. Ningún proveedor daba crédito. Se juntaban monedas de la recaudación diaria por venta de ejemplares las que se colocaban en una bolsa. Así de simple y precario.
Fue muy importante en esa etapa el apoyo de distintos sectores de la comunidad y de los corresponsales y distribuidores, que lograron mantener un nivel de ventas para subsistir.
Y valga reconocer la ayuda invalorable que prestó el Sindicato de Prensa desde la primera hora, no solo políticamente, sino financieramente e inclusive en cuestiones solidarias varias, como la cobertura de obra social para los empleados. Recuerda un testimonio: “Cuando el gobierno de la Alianza nos castigaba económicamente y no podíamos comprar papel, el Sindicato nos sacó a flote con un préstamo importante de dinero sin ninguna certeza de devolución…”.
A las dificultades técnicas-operativas se sumó otro desafío: la aparición de otro diario en el mercado, el diario Primera Línea. Ex empleados de Gráfica Chaqueña SACI apuntalados por un grupo de empresarios de Resistencia y del interior iniciaron su incursión en el rubro periodístico al tiempo que rumores en Resistencia y en el interior provincial generaban dudas sobre la continuidad de elDIARIO de la Región afectando la moral del reducido plantel de los trabajadores de la cooperativa.
Los socios de la cooperativa recibieron la grata noticia que la Administración Nacional de Seguridad Social (Anses) disponía de un programa de pago único del fondo de desempleo para invertir en emprendimientos. Inmediatamente se iniciaron las gestiones y al cabo de dos meses los socios accedieron a esa modalidad de cobro y el dinero fue destinado al reacondicionamiento de la impresora rotativa.
Se invirtieron unos treinta y cinco mil pesos entre repuestos y mano de obra. Vale reflexionar que ne esta ocasión, los trabajadores dieron muestra de una conducta típica que marca el sesgo solidario de los trabajadores: la única entrada de dinero que aparecía para el desahogo personal, era sacrificada en aras de al empresa

TRABAJADOR AUTOGERSTIONADO

La Prensa Ltda., nació con ventidos socios orgullosos de poder mantener su fuente de trabajo. Tras el logro, se reveló la verdad desnuda: la cooperativa no era soplar y hacer botellas. Problemas e imprevistos a raudales dando comienzo a esa suerte de deserción de aquellos que “abandonaron el barco”.
Así fue que para 2005, sólo quedaban dieciocho de los originales fundadores de este emprendimiento. Por supuesto, se sumaron ventitrés trabajadores (algunos de ellos habían integrado la empresa quebrada, pero por distintas razones no se integraron a la cooperativa).
La cantidad de trabajadores varió según los momentos vividos, en 2003 llegaron a integrar la organización cincuenta personas. Pero, en los momentos de crisis bajaron a poco más de la mitad. Hoy el plantel de socios suma cuarenta y cuatro.
Los veintidos socios que se quedaron para conformar la cooperativa iniciaron la reorganización de la empresa. Lentamente, se fue incorporando personal para cubrir los espacios-lagunas, y quienes demostraron idoneidad fueron transformándose en asociados. Es voz común del periodismo vernáculo que “el diario fue semillero de periodistas”, muchos de los que hoy ocupan puestos en otros medios de comunicación o equipos de prensa, tuvieron su formación y foguepo en este matutino.
Sideral el cambio de estatus del trabajador de una empresa recuperada.
La empresa devenida cooperativa conlleva una original manera de organización que implica en los socios la adopción de prácticas nuevas y la aceptación de principios opuestos a los de sociedades comerciales. Hay una transformación central de la lógica patrón- empleado a trabajador autogestionado.
El cambio de rol producido, fue (es) de asimilación dispar; por ello, uno de los problemas a resolver, focalizó en zanjar la diferencia entre quienes entienden el significado de esta lógica y quienes no.
Si bien la horizontalidad característica debería tender a la participación y compromiso general, no se cumple con igual responsabilidad en todos. Esa es una de las debilidades que persisten y que no escapa al común de las cooperativas. Téngase en cuenta que el cooperativismo nace de la voluntad de todos los que se unen en la cooperativa, y en este caso, no surgió por voluntad, sino por necesidad.
Los flamantes socios de cooperativa formadas con el objetivo de recuperar una empresa no vienen “del palo” cooperativista y no tienen todos internalizados sus valores y principios, sino más bien, llevan en la sangre, por así decirlo, el karma de la cultura patronal.
Una de las maneras de corregir esa falla fue a través de la educación y ya se mencionó en tal sentido, una serie de cursos y charlas ofrecidas por el Banco Credicoop.
Muchas son las bondades de sistema cooperativo, donde se impone la organización horizontal que incluye la participación de los socios contra el viejo modelo de concentración de las decisiones; donde no existe el patrón y donde quedó eliminada la plusvalía…
Pero téngase en cuenta que asumir responsabilidades de gestión y dirección, no es tarea menuda, habida cuenta que todos los integrantes continúan con sus respectivas funciones cotidianas: desde el periodista al maquinista, aunque les toque el sayo de un puesto ejecutivo.
El cooperativismo es un fenómeno económico de unión, solidaridad y ayuda mutua de los trabajadores. Ser cooperativo posibilita un encuentro y compromiso humano distinto y de alta calidad con el compañero.

CONSOLIDACIÓN

Pasados los primeros años de crisis e incertidumbre, la Cooperativa comenzó a dar notables muestras de crecimiento. Para abril de 2005 ya integraban la organización cuarenta trabajadores, el tiraje creció de los raquíticos quinientos ejemplares iniciales a mil quinientos, hasta llegar a los tres mil quinientos que se tiran en la actualidad.
Merced a un subsidio otorgado por el Programa de Trabajo Autogestionado, en 2005, se inició el proceso de renovación tecnológica, para cambiar las obsoletas computadoras e impresoras heredadas de las quebradas, por máquinas de última generación.
Una vez que levantó cabeza, la cooperativa comenzó una etapa de integración con otras provinciales (Inimbó, CTC de Vilelas, Bermejo, Viejo Café, Colegio Estrada) y nacionales, y se primó la participación en redes y eventos nacionales, como la presencia en la Muestra Nacional de Empresas recuperadas, en el Encuentro Nacional de Cooperativas de Trabajo, o participando del Encuentro Latinoamericano de Empresas Recuperadas en Venezuela.
En cuanto a identidad política y vínculos, la Cooperativa de Trabajo y Consumo La Prensa está inscripta en el Instituto Nacional de Asociativismo y Economía Social (INAES). Forma parte de la mesa provincial de la CTA Chaco y mediante la actividad periodística, se reivindican y acompañan los reclamos de los trabajadores. Forma parte de la comisión de asociados del Banco Credicoop de la ciudad de Resistencia.
Actualmente trabaja en el armado de la Federación de Cooperativas de Trabajo Chaqueñas

HACIA LA SOCIEDAD

La extensión cultural que viene realizando la cooperativa La Prensa, editora de el DIARIO de la Región, tiene mucho mérito por el diálogo permanente con su comunidad.
Desde su conformación ha proyectado una amplia actividad de extensión que hace a la formación y cultura de sus integrantes y que es volcada a la sociedad, su interlocutor válido.
Así, en la calle o en espacios verdes, ha provocado recitales con figuras de la talla de Horacio Fontova (que recibió el obsequio de una escultura en madera del escultor Manolo Benítez socio de la cooperativa, con tarea de armador de páginas) o festivales con presencia de grupos folclóricos regionales.
Apoyando al deporte, ha esponsorizado a deportistas chaqueños y a clubes.
Desde hace cuatro años la redacción del elDIARIO de la Región, no solamente es el cronista del arte crítico de Resistencia, sino también una importante productora y relatora de las expresiones visuales de Chaco. Por la redacción han pasado varias muestras de arte político y activismo, poniéndose un poco a la vanguardia de la difusión de estas construcciones artísticas de sesgo político. Cabe rescatar Arte político argentino (visitadas por Hebe de Bonafini); Contratapas de la revista Barcelona y la intervención “Otras permanencias”, de los activistas Vidal y Piffer,.
Material de consulta de los investigadores de arte y activismo es el suplemento dominical, donde semana a semana desde hace cuatro años, artistas de todas las latitudes intervienen una de sus páginas.
Y hablando de artes visuales, el diario también tuvo su película.
El Grupo Alavío - Video y acción directa, es un colectivo audiovisual que cuenta con una década de producción de materiales audiovisuales retratando los conflictos sociales y la lucha de los trabajadores. En ese marco, no podía escapar de su target, un diario rec uperado por sus trabajadores en el Chaco. Así pues, se llegaron en el 2004, hicieron migas con los socios mientras filmaron el escenario, la producción y los testimonios del pasado y el presente. Conceptualizaron en el corto “El Diario Cooperativa” que se present: “En la ciudad de Resistencia, provincia del Chaco, una de las más pobres del país, un grupo de trabajadores ponen a funcionar uno de los diarios de mayor circulación de la región luego del abandono patronal. La historia y la lucha de más de dos años para hacer crecer en calidad y cantidad la producción recorre también los límites y desafíos que existen en la producción masiva de un medio independiente o su transformación como herramienta plena para la lucha de clases”.
En el transcurso del 2007, elDIARIO de la Región formó parte del la iniciativa nacional “Contalo Vos”, organizado por el Ministerio de Desarrollo Social, a través de la Dirección de Educación Social y Popular, dictando los talleres de capacitación, culminando con una propuesta ganadora para la edición de una revista barrial.
En ese proceso, el diario brindó sus instalaciones al programa que buscaba incentivar proyectos de diarios y revistas barriales, dando la posibilidad a los ganadores de imprimir sus publicaciones totalmente gratis, así como la capacitación a cargo de los profesionales de la cooperativa La Prensa, editora de este matutino.
La iniciativa tuvo como objetivo promover y fortalecer los lazos y las redes sociales a través de prácticas de comunicación comunitaria que generen la inclusión social, aborden la construcción identitaria, recuperen la memoria, promuevan la participación ciudadana y el desarrollo cultural en todas las regiones del país.
En ese proceso, elDIARIO de la Región trabajó desde el marco de la Educación Popular en la reflexión sobre los siguientes ejes: Construcción del Trabajo Colectivo, Identidad, Participación, Redes Sociales, Memoria, Perspectiva de Género, Políticas Publicas Inclusivas, Comunicación Comunitaria, Diseño e Implementación de Proyectos.
En la oportunidad, distintas organizaciones barriales del Gran Resistencia y el interior provincial enviaron sus representantes para participar de las capacitaciones, durante el cual se procedió a la realización de una propuesta de comunicación barrial mediante una revista, siendo ganadora la revista “Somos”, de la ciudad del abrazo cordial, Fontana.
Desde el 2009, el DIARIO de la Región premia en el marco de la fiesta anual aniversario, a personalidades y figuras del medio, galardón de reconocimiento con carácter bienal.

EL CRECIMIENTO

Si en los primeros tiempos se proyectaba sobre la coyuntura, hoy se trabaja a mediano y largo plazo. Las planificaciones corren por cuenta del Consejo de Administración, pero a la hora de tomar decisiones riesgosas o estructurales se refrenda en Asamblea. Forma que se configura como un espacio para la discusión y la toma de decisiones que les permite a los socios intervenir en forma directa y que sus propuestas y puntos de vista sean escuchados y tenidos en cuenta.
Por caso, en Asamblea –y a voto a mano alzada- se decidió eliminar las jerarquías -director, jefe de redacción y demás cargos-, proponiendo que cada área designe un referente, coordinador, o responsable, elegido por cuestiones de idoneidad o experiencia, para representar a cada sección.
Romper las estructuras heredadas significó revelarse contra la centralización de las decisiones. Por esta razón, y para lograr el involucramiento en el gran proyecto, el nombramiento de los coordinadores de cada sección, elegidos por sus propios compañeros, marcó un principio de modificación del sistema de coordinación del trabajo, trasladando la forma representativa de la cooperativa al proceso de producción, permitiendo que la decisión sobre quiénes serán las autoridades sea del conjunto y no de quienes ostentan el poder en ese momento.
En Asamblea se decidió muchas veces la línea ideológica a seguir o la pertinencia ética ante el manejo de la información o de alianza política, etcétera.
Éstas son manifestaciones propias del nuevo modo de organización (impensadas bajo la empresa anterior), que se producen más allá de la dificultad para superar el viejo modelo de centralización de la autoridad. Los integrantes tienen la oportunidad para plantear sus inquietudes respecto del resultado del trabajo y que éste sea fruto de acuerdos y consenso, es decir, que de alguna manera represente a todos los que intervienen en su elaboración. Se produce la “apropiación” de aquello que hasta no hace mucho tiempo era potestad del patrón, que responde a una filosofía conjunta y no, como en el pesado al humor del dueño; acuerdos arribados mediante la discusión y el intercambio, con el tratamiento de temas que tienen que ver con aquello que los une, el trabajo, y bajo la forma democrática de toma de decisiones que caracteriza al sistema cooperativo.
El modo adoptado para distribuir los ingresos también es un rasgo de la identidad del nuevo sistema, igualados entre quienes desempeñan roles de conducción y quienes no. Se rompe así una tradicional diferenciación entre jefe-subordinado, dado a partir de los salarios establecidos ya no de acuerdo con un escalafón. Un paso más por romper la verticalidad del sistema.
Se da por hecho que el trabajo de todos los integrantes de la organización tiene el mismo valor, ya sea el que redacta las noticias, el que barre las instalaciones, o, por caso, el corrector integrante del Consejo de Administración, en una horizontalidad de la organización que se potencia en las Asambleas.
El diario funciona dividido en diez áreas: recepción, administración, publicidad, redacción (seis secciones), corrección, sistemas o armado (diseño para 40 páginas promedio), Fotomecánica, Rotativa, Expedición y Distribución.
Haciendo honor a su nombre “de la Región”, el diario suma páginas de Formosa y este 2011 se agrega Corrientes.
La cooperativa inscripta en el INAES está conformado por 42 socios. Asume por su propia cuenta la realización y desarrollo de tarea periodísticas en la producción, edición, distribución y comercialización de periódicos, venta de publicidad, realización de publicaciones, afiches e impresiones en general.
En tal sentido, y en la búsqueda de la diversificación de ingresos, el diario ha comenzado a explotar la veta de talleres gráficos. Así, imprime un diario de Corrientes, una decena de publicaciones de organizaciones –como la Red de Comunicación Indígena-, de partidos políticos, revistas del interior provincial, diferentes publicaciones del gobierno, etcétera.
Las tareas se realizan en la sede de cooperativa de Trabajo y Consumo La Prensa Ltda. editora de el DIARIO de la Región, José Hernández 280.

DYPRA/ADICRA

La estructura organizativa de la Cooperativa La Prensa se encuentra en un momento de transformación. Fue primero el cambio, rotundo y filosófico; luego fue la lucha por la continuidad con su bagaje de sacrificio, de experiencias iniciáticas. Tras ir por la consolidación empresarial y institucional, continúa el camino del crecimiento.
Un punto inicial y que resultó visagra, fue el ir al encuentro de otras recuperadas y cooperativas. Se comenzó a plantear una identificación con el sector cooperativo local y nacional, estrechando vínculos con otras empresas recuperadas y cooperativas de la provincia, y con movimientos de la economía social del país.
Podría remitirse al pasado cuando ante la necesidad de conectarse con otros medios periodísticos con similares características a la de ésta, Internet vino en la ayuda.
Así se supo que en el país, existían otras empresas recuperadas por sus trabajadores de sesgo comunicacional y surgió la idea de hacer una muestra fotográfica entre esos medios, itinerantes y así, en el Museo de Medios se inauguraba la Muestra Imágenes Recuperadas, que recogía fotografías periodísticas de los diarios cooperativos del país. Tuvo su periplo por Chaco, La Rioja y Córdoba. Ese fue el inicio, el conocerse, contactarse, actuar en conjunto. Se encontraba una veta preciosa: la solidaridad entre cooperativas a partir de su integración
Vino luego una Carta de Intención durante un encuentro celebrado en Villa María, y posteriormente, una reunión que tuvo lugar en Córdoba. Finalmente, los cuatro diarios argentinos editados por cooperativas conformadas por sus trabajadores de prensa y gráficos, firmaron el 10 de enero de 2008, en la sede de Copegraf, editora de El Independiente, un convenio que los asocia, con el propósito de fortalecer su desempeño institucional y económico. y finalmente el 10 de enero de 2008 se dejó constituida la Asociación de Diarios Cooperativos de la República Argentina.
Adicra quedó conformada por los matutinos El Independiente (La Rioja), El Diario del Centro del País (Villa María, Córdoba), Comercio y Justicia (Córdoba) y El Diario de la Región ( Resistencia, Chaco). Medios que tienen una raíz común: la autogestión, y una lucha histórica que los hermana: los trabajadores recuperaron su fuente laboral.
La entidad se planteó como objetivos "trabajar en la problemática común en la edición de diarios y en el quehacer cooperativo de las editoriales". Lo que significa “el abordaje en bloque de la provisión de papel ante Papel Prensa y convertirse en una alternativa receptiva de publicaciones nacionales”. Así como “el intercambio de información, experiencias y todo elemento que favorezca al avance económico y social de las integrantes, sin perder autonomía ni tampoco el horizonte social y solidario que proponen día a día".
Hoy preside Adicra, el periodista Juan Diego Turraca de el DIARIO de la Región.
En otro espacio también es protagonista la cooperativa La Prensa, Dypra. El 2 de diciembre de 2008, en Capital Federal quedó conformada la cooperativa de servicios Diarios y Periódicos Regionales de Argentina, donde confluyeron varias experiencias organizativas: diarios de la Provincia de Buenos Aires, Adicra y la participación de diferentes medios pymes de varias provincias, así como de la Red Gráfica.
Dypra, busca mitigar los nocivos efectos del monopolio del papel para diario en el país y en cuyo consejo de administración la cooperativa ocupa la vocalía titular.
La Asociación de Diarios Cooperativos de la República Argentina dio un salto importante al constituirse como Federación de medios de comunicación. Con sentido territorial y plural, ya que se suman otros medios de comunicación como portales de Internet y publicaciones varias; todas, naturalmente, llevadas adelante en la forma de cooperativas de trabajo.
En febrero de 2009, los miembros de la Federación Asociativa de Diarios y Comunicadores Cooperativos de la República Argentina (FADICCRA), compuesta por medios gráficos y digitales de cinco provincias, decidieron democráticamente que la Presidencia de dicha entidad quede en manos de la cooperativa

MIRADA AL FUTURO

En el Chaco se editan cuatro diarios, entre ellos El Diario de la Región.
De aquel diario de octubre de 2002, de 16 páginas, blanco y negro, hoy ofrece un producto con alta calidad de impresión, con un diseño a la altura de los más exigentes, con más páginas, más presencia territorial, más información, suplementos especiales, la edición de láminas educativas, una revista de tirada nacional opcional los domingos y la edición digital de el diario de la Región”.
Con esas cartas el producto el DIARIO de la Región, se coloca en el segundo lugar de las preferencias del público lector.
Actualmente, en la búsqueda de diversificar ingresos, se emprende el desafío de expandirse a partir de la explotación del taller gráfico de la cooperativa. Elabora un plan para que en corto plazo, la entidad ofrezca al mercado la mayoría de los servicios que en el rubro de gráfico se demandan, articulados con las secciones internas de publicidad, diseño y comercialización, para la obtención de un paquete completo, valor agregado y competencia.
En lo que respecta al diario, la ideología marcada por la economía social, la redistribución de los ingresos –en su forma justa e ideal- la democratización de la conducción, la equidad, etcétera, lo puso “en la vereda del frente”, en el sentido de ser una voz rigurosa desde la ética. Cabe señalar que cuenta con sus páginas de derechos humanos, que fue el primer medio que puso en el tapete y divulgó exhautivamente las causas judiciales de Margarita Belén y Caballero, antes que los otros medios de información del Chaco.
Enarboló el debate sobre Papel Prensa, adhieriendo al Proyecto de Ley para que se declare de interés público la producción, comercialización y distribución de papel para diarios, presentado por el Ejecutivo nacional.
Y desde hace más de una década tira una página semanal de ambientalismo, a cargo de una de las figuras señeras del tema en el Chaco.
Hechos que le dieron a elDIARIO de la Región un prestigio y reconocimiento singular.
El diario se encuentra hoy en una real consolidación de empresa de la economía social. Consolidación en su doctrina democrática, con la evolución de la conciencia cooperativa de sus miembros asociados; en sus principios solidarios, estrechando los vínculos con la sociedad; y en su carácter como medio de comunicación, cada día más libre de expresarse.
Desde lo abstracto, es positivo que la cooperativa se cuestione su razón de ser, que sus miembros se pregunten: ¿Qué somos? ¿Qué esperamos para el futuro? ¿Adónde queremos llegar? Establecer una visión, y la misión en la sociedad.
Las tradicionales relaciones laborales de la empresa capitalista ya no existen, el modelo de producción va adquiriendo identidad propia y la recuperación del trabajo dejó de ser una cuestión de supervivencia para convertirse, paulatinamente, en una forma de vida en un nuevo paradigma que los trabajadores nunca soñaron, pero que afrontan con su mejor arma: el trabajo.
Ahora los trabajadores están en pie de igualdad y cuentan con la posibilidad de decidir sobre su presente y su futuro. Coraje, esfuerzo, perseverancia, ayuda mutua de sus integrantes, construcción colectiva en la autogestión. La economía solidaria sigue rutilando sus valores democráticos y equitativos.
Hoy, la cooperativa La Prensa planea metas globales, a largo plazo que son avalados por los socios en las asambleas periódicas (órgano que representa la voluntad de la organización), se aúnan fuerzas y se piensa en pos de la copropiedad de la institución.
Con aciertos y aprendiendo de los errores este grupo de trabajadores que marcha hacia su primer década de gestión cooperativa pudo dar marcha a un diario, administrarlo y hacerlo crecer progresivamente, siempre en un marco de integración con sus pares de la Economía Social, profundizando sus vínculos con la sociedad, dignificando el trabajo, aportando en la construcción de una Argentina más justa.